La petite Chartreuse, de Pierre Péju

Un jour en voiture, Vollard renverse Eva. La fillette est dans le coma. De ces événements dramatiques une rencontre jaillit. Une rencontre ténue, légère comme une plume, qui bouleverse leurs vies.

« Pour Vollard, Éva devenait la petite Chartreuse. Silencieuse sans en avoir fait le voeu. La très pâle moniale. L’enfant cloîtrée. L’enfant privée de voix et de joie, privée d’enfance. Mais au fil de ces errances dans la Chartreuse, bizarrement, ce n’était pas le poids écrasant et absurde de l’accident que Vollard ressentait en compagnie de la petite fille, mais un inexplicable allègement, un soulagement, un apaisement dû à ce rituel de marche lente, de silence, de contemplation de choses infimes.
Comment un si petit être, émettant si peu de signes, pouvait-il lui donner cette impression de discret équilibre, de nécessité fragile mais heureuse ? Le sentiment confus que tout pouvait se résumer à ce va-et-vient entre la librairie et l’hôpital s’intensifiait encore en passant, Éva à ses côtés, du centre spécialisé à la nature sauvage. »

Une histoire d’exclusion, de solitude, de mal de vivre… Evidemment, le destin d’Eva est funeste, et il s’en dégage une tristesse épaisse, collante. Mais aussi, de ce trio d’esseulés (Eva, sa mère, Vollard), un rayon de lumière, une tendresse infinie. A lire néanmoins quand on a plutôt le moral !

Ce roman reçoit le prix du livre Inter en 2003.

Pierre Péju, La Petite Chartreuse, Gallimard, 2002, 9782072452390