La bascule du souffle, de Herta Muller

Nous sommes en Roumanie, en janvier 1945 : certaines personnes soupçonnées d’avoir soutenu l’Allemagne nazie risquent la La bascule du souffle par Müllerdéportation. Le jeune Léopold sait qu’il est sur la liste. II prépare sa petite valise, des affaires chaudes, quelques livres, puis, quand la police roumaine vient le chercher, à trois heures du matin, par moins quinze, il reçoit les mots de sa grand-mère  » Je sais que tu reviendras  » comme un viatique. L’usine de charbon, la tuilerie, la cimenterie, des baraquements élémentaires, une ration de pain et deux rations de soupe par jour, les diarrhées et les poux : tel sera le quotidien de Léopold pendant cinq ans.

Léopold passera au goulag cinq ans de sa vie, mais les séquelles psychologiques seront durables : à son retour, il restera un étranger parmi les siens. La vie du camp est décrite avec un grand réalisme;le froid : il y a une loi qui « vous interdit de pleurer quand on a trop de raisons de le faire. Je me persuadais que les larmes étaient dues au froid, et je me crus. »; la faim, surtout : « En guise de cerveau, on n’a plus dans la tête que l’écho de la faim ». Beaucoup d’images poétiques, de symboles forts dans ce roman bouleversant.

Herta Muller, La bascule du souffle, Gallimard, 2010, 9782070128839