Salle des pas perdus, de Julia Billet

Salle des pas perdusIls ont souvent tout perdu, famille, travail, maison, raisons de vivre, ceux qui arpentent le hall de la gare de Lyon sans espérer partir nulle part. Ils ont tout perdu et ils n’attendent plus rien. Parmi eux, il y a la vieille, élégante dans sa misère, cheveux coiffés, habits bleus. Depuis trois ans qu’elle vit là, elle s’est reconstruit un univers dans la salle des pas perdus. Son Caddie, ses copains, ses petites manies et ses combines, son coin où dormir, tout est bien rôdé. Jusqu’au jour où la vieille aperçoit une toute jeune fille sur un banc, à l’heure du 19 h 48 pour Avignon. Elle est différente. Fragile. Au bout. Elle semble regarder quelque chose intensément, à l’intérieur d’elle-même. Puis elle se lève. Et la vieille reconnaît son pas. Un pas perdu.

Une vieille dame, SDF, qui vit dans la gare de Lyon. Elle observe souvent les gens, les voyageurs, gens pressés, qui se bousculent là tout près. Elle ne les envie pas, au contraire ; elle les plaint, presque, d’être aussi pressés. Et puis le jour où elle voit cette toute jeune fille. Une enfant. Comme brisée. Elle reste muette. L’enfant – la jeune fille – ne dit rien, pendant des jours. La vieille dame attend. Après tout, rien ne presse. Elle apprivoise doucement son petit oiseau blessé, tombé du nid. Et tout doucement dénoue les fils. Jusqu’au jour où elle se rend compte qu’en ouvrant la boîte, elle réveille une vieille, vieille souffrance, sa propre peine, à elle. Alors, pour sauver cette enfant, pour qu’elle s’envole à nouveau, elle quitte tout…

Et voilà comment, sans mélo, d’une écriture soignée, on raconte une rencontre essentielle, le carrefour de deux vies, une histoire d’amour et de filiation, d’espoir et de sacrifice. Sans tambour ni trompette, un roman d’une grande force.

Julia Billet, Salle des pas perdus, Ecole des Loisirs, Médium, 2004, 978-2-35383-196-8

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