Tu seras partout chez toi, d’Insa Sané

Sény a 9 ans et il joue dehors avec ses copains : Adar, Dehiha, Soundjata, et surtout, Yulia, son amoureuse. Yulia lui annonce qu’elle va partir. Mais le lendemain matin, dans la précipitation, son papa et sa maman mettent une valise en carton dans la main de Sény, et l’envoient en avion de l’autre côté du monde… « Ce sera ton nouveau chez toi », lui explique son père. Il arrive ainsi chez tonton Chu-Jung et tata Belladone, tout étourdi de ces changements. Mais Sény ne compte pas rester, il ne pense qu’à rentrer chez lui…

Voilà un roman atypique, à plus d’un titre. D’abord parce qu’il commence comme un roman, justement, racontant l’exil contraint de Sény, et puis, au moment où celui-ci refuse de se faire à sa nouvelle vie et cherche à tout prix à repartir « chez lui », l’histoire bascule dans le conte. Passé ce moment de lecture un peu déroutant, le lecteur comprend vite le message : Sény construit un monde où il peut agir, et non plus seulement subir, il mène son propre combat pour s’en sortir. L’auteur puise dans la mythologie et nous dit que les histoires nous permettent d’affronter les épreuves.

Atypique aussi parce que le héros, Sény, n’a que 9 ans. Les mots sont ceux d’un enfant, bruts et innoncents, naïfs, ils disent la douleur de l’exil, du déracinement, de la perte. Rempli de courage et d’amour, et de doutes aussi, Sény puise dans son imaginaire pour faire face à ce qu’il ne comprend pas. Le « flot » d’Insa Sané, poétique, bourré de citations, de métaphores, de jeux de mots, donne une grande richesse poétique au récit.

« Tu seras partout chez toi », c’est un voyage, une traversée. Une ode aux mots et aux histoires.

Insa Sané, Tu seras partout chez toi, Sarbacane, 2012, 978-2-84865-561-1