Destiny, de Pierrette Fleutiaux

DestinyDeux femmes. L’une jeune, enceinte, noire, totalement démunie, qui dit s’appeler Destiny. L’autre, Anne, grand-mère depuis peu, blanche, classe moyenne éduquée. Par hasard, entre ces deux femmes, s’enclenche une relation fragile, chaotique, toujours au bord de se rompre. Les forces contraires sont puissantes.

Destiny (est-ce son vrai prénom ?) croit en son destin. Entre elle et Anne se développe une amitié, une amitié parfois compliquée : difficultés de communiquer, difficultés même de la rencontre, des rendez-vous où elles ne se trouvent pas. Il y a des zones d’ombre chez Destiny, des choses tues. Il y a une fragilité, un recroquevillement de tout son être.

Mais Destiny, c’est aussi une puissance d’aller, de franchir les obstacles, d’espérer du lendemain.

Anne perçoit cela. Elle perçoit aussi la frontière entre elles deux, elle qui donne de l’argent, qui invite au restaurant, qui dort dans un bel appartement. Elle qui malgré tous ses efforts ne peut concevoir ce que c’est que d’être exilé, précaire.

Une amitié étrange entre ces deux femmes, pas déséquilibrée mais irrationnelle, gratuite, hors norme. Le point de vue développé par l’auteur est celui d’Anne. Tout ce que l’on sait de Destiny, on le sait par elle. Destiny est, au regard d’Anne, comme à celui du lecteur, à la fois opaque et proche, fragile et résiliente. Jamais l’auteur ne tente d’éclaircir ses zones d’ombre. Elle est la figure de l’Autre, l’exilée à la fois si humaine, avec qui Anne partage tant en peu de mots, et si indéchiffrable, comme tout Autre l’est à nous-même.

De belles pages d’humanité.

Pierrette Fleutiaux, Destiny, Actes Sud, 2016, 978-2-330-06053-4

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