Le loup qui mangeait n’importe quoi, de Christophe Donner et Manu Larcenet

Le loup qui mangeait n'importe quoiUn loup qui mange n’importe quoi, à savoir : un mouton qui rote, un cochon qui pète, un gamin qui mange ses crottes de nez, et j’en passe… Si vous êtes dégoûtés, passez votre chemin ! Sinon, plongez avec délices dans cette BD charmante signée par un duo qui détonne : Christophe Donner et Manu Larcenet.

Les illustrations de ce dernier sont simples et explicites, mais le texte, écrit en alexandrins, est assez fourni en vocabulaire … pas évident pour un enfant de 4-5 ans. En revanche le décalage entre la richesse du texte et le récit totalement prosaïque provoque de nombreux rires chez les plus grands, comme chez les adultes !

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Christophe Donner et Manu Larcenet, Le loup qui mangeait n’importe quoi, Mango, 2013, 978-2-7404-3108-5

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Hocus Pocus, d’Elzebieta

Hocus Pocus par ElzbietaUn bien bel objet que ce grand recueil de contes… Elzebieta s’inspire des contes traditionnels (Cendrillon, le Petit Poucet, le Petit Chaperon rouge…) pour écrire des contes à sa sauce : à la fois contemporains dans leurs sujets, et classiques dans leur forme et dans leurs références, ils sont parfois déroutants. Elzebieta n’hésite pas à manier l’ironie et à détourner les codes du genre. Comme dans ce dernier texte où elle fait le tour de la figure de la grand-mère dans les contes, sous forme d’anaphores. Les sujets abordés créent une délicieuse sensation de décalage : rois et reines habitent des palais mais déposent leurs enfants à la crèche ! Tout en subtilité sont abordés la question de la naissance sous X, du divorce ou de la mère étouffante. On regrette parfois que le conte ne soit pas plus étoffé, on aimerait se plonger davantage dans cet univers si particulier.

Les illustrations sont un vrai régal. Le grand format du livre les met à l’honneur et les techniques utilisées varient les plaisirs : pochoirs, filigranes, lithographies… Le tout dans une palette de couleurs réduite, se limitant au noir, rouge, gris, beige. Elzebieta utilise de façon récurrente une forme de griffonage façon broussailles et petits personnages à la Gustave Doré, élaborant au fil des pages une ambiance vraiment particulière, unique. Une lecture magique.

Elzebieta, Hocus Pocus, Rouergue, 2009, 9782812600535

Paloma et le vaste monde, de Véronique Ovaldé et Jeanne Detallante

Paloma et le vaste mondeElles étaient trois sœurs, qui habitaient à Camerone, rue du Capitole.
Paloma, la cadette, collectionnait les boules de neige de toutes les capitales, et rêvait de découvrir le vaste monde.
Mais aucun habitant de Camerone ne quittait jamais la ville.
Personne n’en avait même eu l’idée.

Un magnifique album pour grands enfants (et adultes), tout en contraste et subtilité. Le récit rythmé et imagé de Véronique Ovaldé s’accorde parfaitement aux illustrations d’une grande richesse, aux couleurs saturées et aux motifs floraux rappelant Frida Khalo. Une alternance de pages colorées et de pages monochromes souligne la dualité entre le deuil du père et la peur du monde d’une part, et les rêves et l’imaginaire de Paloma, d’autre part, qui aspire à s’envoler… Plusieurs doubles pages sans texte laissent l’image prendre le dessus dans le récit et emportent le lecteur dans un monde onirique, celui de Paloma. Une grande fantaisie s’en dégage, laissant le lecteur songeur…

Véronique Ovaldé, Jeanne Detallante, Paloma et le vaste monde, Actes sud junior, 2015, 978-2-330-05603-2

La grande question, de Wolf Erlbruch

La grande question par ErlbruchLa grande question n’est pas posée de façon explicite mais elle est évidente pour le jeune et le moins jeune lecteur : pourquoi la vie ?

Le format étiré en hauteur est atypique. Sur chaque double-page, un personnage propose sa réponse : « Pour obéir », dit le militaire, « Pour se lever tôt », dit le boulanger, « Pour te dorloter », dit la grand-mère, « Pour faire confiance », dit l’aveugle. Certaines réponses s’imposent comme une évidence : « tu es là pour être là », dit la pierre. Ou évoquent le doute absolu : « je n’en ai strictement aucune idée », dit le canard. Mais des pistes de réponse sont évoquées : l’amour de la vie, suggère la mort, l’amour de soi, et surtout, l’amour d’une mère…

Les illustrations sont très recherchées et mixent plusieurs techniques : dessin, peinture, collage… on retrouve du papier quadrillé d’une page à l’autre, mais aussi un plan ou une partition… Une très belle évocation de la vie, de l’amour de la vie, qui enrichit le monde personnel de l’enfant. Chacun, en grandissant, trouvera des réponses qu’il pourra noter à la fin du livre.

Wolf Erlbruch, La grande question, Thierry Magnier, 2012, 9782364741548

L’ours qui danse, de Rascal

L'ours qui danse par RascalL’ours est grand et l’homme est petit. L’ours est joueur et curieux. Les petits des hommes aussi. L’ours chasse le phoque. L’homme chasse l’ours quelquefois. Nanook chante en frappant son tambourin et l’ours blanc danse sur sa chanson.

Avec des illustrations simples, inspirées des inuïts, Rascal compare le mode de vie de l’homme et de l’ours. Sur bien des plans, ils semblent différents : l’un s’abrite dans un igloo, l’autre dans sa tanière, l’un se déplace en traîneau à chien, l’autre court sur la banquise… et parfois même l’homme chasse l’ours. Mais quand Nanook sort son tambourin, l’ours danse : le plaisir est partagé. Des phrases courtes permettent d’amorcer la réflexion sur l’homme et l’animal chez le jeune lecteur, voire sur la place de l’homme dans la nature.

Rascal, L’ours qui danse, Ecole des loisirs, Pastel, 2013, 9782211214002

Je m’appelle Nako, de Guia Risari et Magali Dulain

Je m'appelle Nako par RisariNako, un petit garçon Rom, vit avec sa famille dans une caravane. Malgré les quolibets de ses petits camarades de classe, Nako est heureux et rêve d’une vie pleine de musique, de chevaux et de liberté.

Nako parle de sa famille, de ses grands-parents, de sa maison qui roule et qui change d’endroit, de la liberté, des chevaux, de la musique. Il décrit son mode de vie avec ses mots et sa candeur d’enfant. Il raconte aussi les préjugés et les comportements hostiles dont il est l’objet, juste parce qu’il est différent. Les illustrations au crayon de couleur, naives et colorées, renforcent le propos. Une force se dégage de cet album. Pour découvrir davantage les gitans, l’auteur nous propose les paroles de leur hymne, Djelem djelem, ainsi que des proverbes roms. Voici mon préféré :

« Je viens je ne sais d’où

Je suis je ne sais qui

Je meurs je ne sais quand

Et je m’étonne d’être heureux »

Guia Risari, Magali Dulain, Je m’appelle Nako, Editions le Baron Perché, 2014, 978-2-36080-099-5

La bulle, de Timothée de Fombelle et Eloïse Scherrer

La bulle par FombelleMisha ne savait pas quand c’était apparu. Depuis qu’elle était toute petite, ça ne l’avait jamais quittée. C’était là. Et personne ne s’en rendait compte…

Une force poétique incroyable se dégage de ce petit album. Misha, une fillette de 10 ans, plonge dans son monde intérieur et voyage dans des paysages oniriques grandioses, jusqu’à se trouver face à son monstre. L’affrontement précède l’apaisement, qui illumine le visage de Misha d’un sourire aussi lumineux que les fabuleuses illustrations d’Eloïse Scherrer. L’image porte véritablement la narration, sur lesquelles le texte, d’une extrême concision, s’appuie pour en renforcer le pouvoir évocateur. Un album à lire et à contempler, une invitation au rêve, à la méditation, à la résilience. Une merveille.

Timothée de Fombelle et Eloïse Scherrer, La bulle, Gallimard, 2015, 9782070662799

L’argent, de Marie Desplechin et Emmanuelle Houdart

L'argent par DesplechinEnfant gâté, clochard infortuné, mafieux armé jusqu’aux dents : autant de figures de fortune et d’infortune qui donnent à voir les multiples visages de l’argent, tour à tour séduisants, repoussants, fascinants, inquiétants, jamais d’un seul tranchant.

Cet album grand format dresse le portrait de plusieurs membres d’une famille. Pour chaque portrait, un texte de type monologue signé par Marie Desplechin et un portrait magnifiquement dessiné par Emmanuelle Houdart. Un portrait pictural sans concession, montrant de manière plutôt objective le personnage, s’oppose ou complète la description que le personnage fait de sa vie, de ses rapports aux autres, et de ses rapports à l’argent. Les illustrations aux couleurs éclatantes font appel à de nombreux symboles : une mouche qui signale le pourrissement par l’argent, un faucon qui signale un prédateur sans morale, un coeur aux artères stylisées qui montre la générosité, un enfant noyé sous une montagne de jouet qui montre des besoins affectifs que l’argent ne suffit pas à combler…

Les textes sont subjectifs : ce sont les personnages eux-mêmes qui s’expriment. On pense à un monologue intérieur, ou à l’évocation des principes qu’ils ont fait leurs. Ils défendent leurs choix de vie, s’interrogent sur leurs proches ou les dénigrent, et toute la subtilité des rapports familiaux, les questions de place, les incompréhensions et les non-dits, sont suggérés dans cet entrecroisement de discours personnels.

De la confrontation de l’illustration et du texte naît un bel objet littéraire, pour adolescents et pour adultes, qui aborde de nombreuses notions : l’argent bien sûr, qui sépare, isole, réunit, mais aussi le travail, le don, la charité et la solidarité, le dénuement matériel et la privation d’amour… Finalement, nos rapports aux autres sont souvent liés à la manière dont on considère l’argent.

Marie Desplechin, Emmanuelle Houdart, L’argent, Thierry Magnier, 2013, 9782364743052

Me voici, Friedrich Karl Waechter

Me voici par WaechterUne portée de trois chatons est en trop dans cette famille. Des pêcheurs les emportent dans un sac et les jettent à la mer. Deux sont dévorés par un requin, le dernier, plus malin s’en sort…

Le thème de l’abandon est délicat en littérature pour la jeunesse. Dans cet album il est abordé frontalement, on voit le sac contenant trois chatons jeté à l’eau, on voit le sac déchiqueté par un requin… On voit sur les photos de famille que ces trois chatons n’y figurent plus, ce qui est également d’une grande violence symbolique. Au final un petit chaton s’en sort et l’histoire se termine bien pour lui. Mais je ne suis pas certaine de l’efficacité de cette narration qui montre tout, qui dit tout. Je pense que cela peut être violent pour un jeune enfant. L’illustration, un peu vieillotte, ne m’a pas convaincue.

Friedrich Karl Waetcher, Me voici, MeMo, 2010, 9782352890926

Il n’y a pas d’autruches dans les contes de fées, de Gilles Bachelet

Il n'y a pas d'autruches dans les contes de fées par BacheletAvez-vous déjà vu une autruche dans un conte de fées ? Non ! Et savez-vous pourquoi ? Imaginez un peu : le petit chaperon rouge en autruche, ou Nils Holgersson tâchant de voyager avec sa merveilleuse autruche… ça ne colle pas ! Avec un humour caustique (mais finalement tendre pour ce grand dadais d’oiseau), Gilles Bachelet décrit les situations où serait mise l’autruche si elle était héroïne de conte de fées. Un album qui plaît aux petits comme aux grands !

 

Gilles Bachelet, Il n’y a pas d’autruches dans les contes de fées, Seuil jeunesse, 2008, 9782020984164