La survie de l’espèce, de Paul Jorion et Grégory Maklès

La survie de l'espèce par JorionSi l’on en croit Paul Jorion, l’économie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux mains des seuls économistes !

Un joli essai sous forme de BD, percutant et cynique, qui introduit les candides aux égarements du capitalisme contemporain.

Retraçant l’histoire de la domination, et comment les dominés l’acceptèrent (« la fabrication du consentement »), l’anthropologue Paul Jorion analyse les incohérences du système capitaliste. Il décrit les mécanismes d’une crise spéculative, et les personnages de Maklès, relevants de la caricature mordante, servent ce discours pédagogique ; le capitaliste est le bonhomme du Monopoly, l’industriel est un militaire qui obéit aux instructions, quant à l’employé, il est représenté sous les traits d’un célèbre bonhomme en plastique, sans oublier l’ouvrier que l’on voit comme un cheval de trait, bête de somme…

Beaucoup d’humour pour ce travail de vulgarisation, même si, au final, les perspectives ne semblent pas très roses !

Paul Jorion, Grégory Maklès, La survie de l’espèce, Futuropolis, 2012, 978275480725X

The woods, tome 1, de James Tynion IV et Michael Dialynas

ImageUne balade dans les bois à quelques années-lumière de la Terre. Le 13 octobre 2013, 437 étudiants, 52 professeurs et 24 membres du personnel de l’école de Bay Point à Milwaukee disparaissent sans laisser de traces. A des années lumières, bien au-delà des frontières de notre système solaire, ces 513 personnes se retrouvent au milieu d’une étrange forêt primaire. Où sont-ils ? Pour quelle raison ont-ils été amenés ici ? Les réponses seront difficiles à trouver et surtout, à croire…

L’idée de départ est originale :  un lycée entièrement téléporté sur une autre planète, la survie qui s’organise avec différentes conceptions de celle-ci… Rapidement adolescents et adultes s’opposent et un petit groupe d’ados part dans la forêt avec à sa tête l’énigmatique Adrian…

J’ai apprécié la construction en courtes séquences, proche de l’univers des séries. Le rythme est nerveux et plein de rebondissements. Les ados sont attachants, et des flash-backs permettent de découvrir les sentiments et les relations qui les lient les uns aux autres.

Le traitement graphique est coloré, voire flashy, et c’est assez attrayant. On navigue entre les univers de la science-fiction, de l’horreur, de la fantasy ; c’est un univers assez riche dans lequel on est plongé. Et bien sûr la fin du 1e tome nous laisse un peu sur notre faim : on attend la suite pour avoir des réponses !

James Tynion IV, Michael Dialynas, The Woods, tome 1, Ankama éditions, 2016, 978-2-35910-918-4

Points noirs et sac à dos, de Leslie Plée

Points noirs et sac à dos, bd chez Fluide G. de PléeUne fille de 13 ans dans une banlieue quelconque : entre début des règles, ragots entre copines et correspondants allemands…

Cette BD montre une bande de copines attachantes, émouvantes et agaçantes. Les questionnements et les errements de la puberté sont décrits de façon authentique, et les tranches de vie se succèdent : rentrée scolaire, amour secret pour un garçon, voyage scolaire en Allemagne, mais sans réel scénario, ce qui est dommage ! Un bon moment de lecture… mais pas inoubliable.

Leslie Plée, Points noirs et sac à dos, Fluide Glacial, 2012, 978-2-35207-263-8

Le jardin de minuit, d’Edith

EdithLe frère de Tom, Peter, a la rougeole. Pour éviter la contagion, Tom est hébergé chez oncle Allan et tante Gwen. Quel ennui ! Que le temps est long chez eux ! Seule chose digne d’intérêt : une imposante horloge qui trône au rez-de-chaussée. Elle n’a pas bougé de là depuis des décennies car elle est vissée au mur, et les vis sont rouillées… La nuit, Tom ne parvient pas à dormir. Il remarque alors que l’horloge sonne treize coups. Treize ? Tom descend, et ouvre la porte de derrière.

Il découvre là un merveilleux jardin, et y rencontre une petite fille Hatty. Mais Tom est invisible aux yeux de tous, sauf ceux de Hatty, qui elle semble venue d’un autre siècle. Car ici, le temps passe différemment…

Le temps qui passe, la lenteur du temps, le sommeil et le souvenir : voilà les thèmes de cette belle adaptation du roman de Philippa Pearce, « Tom et le jardin de minuit ». Le jardin dessiné par Edith est lumineux, mêlant les ocres et les gris avec talent. C’est un endroit enchanteur, un jardin de rêve. Un album onirique et poétique, qui laisse songeur…

Edith, Le jardin de minuit, Soleil Productions, 2015, 978-2-302-04505-7

La faute, une vie en Corée du Nord, de Michaël Sztanke et Alexis Chabert

Chol Il travaille pour le ministère des Affaires Étrangères. Le jour où il omet de porter sur son veston le badge officiel à l’effigie du leader, il commet une faute inexcusable. Ses supérieurs lui laisse dix jours pour effacer cet affront en devenant le guide exemplaire d’un étranger venu réaliser un reportage sur le pays, Michaël Sztanke. Une occasion unique de se racheter pour l’un, et de comprendre pour l’autre…

Ce n’est pas de la science-fiction, c’est la réalité : cet album a un côté documentaire assumé. D’autant que le touriste que Chol Il doit accompagner est l’auteur même de cette BD… Le dessin sobre et austère participe de la lourde charge portée contre le régime de nord-coréen. Il peut rebuter mais il convient parfaitement au sujet. Le lecteur découvre alors qu’une faute qui nous semble anodine, peut faire basculer le destin d’un homme et de toute sa famille. Glaçant.

Michaël Sztanke et Alexis Chabert, La faute : une vie en Corée du Nord, Delcourt, 2014, 9782756047256

Moderne Olympia, de Catherine Meurisse

Olympia s’ennuie au musée d’Orsay. Bien sûr, elle n’est pas une parfaite inconnue, elle a déjà posé pour Manet, connaît Toulouse Lautrec, et a de nombreux amis sortis de tableaux impressionnistes. Elle a même fait cascadeur pour un tableau de Courbet, L’Origine du monde. Mais ce qui l’intéresse par dessus tout, c’est la comédie, le cinéma. Elle rêve d’un grand rôle, mais on ne lui propose que des rôles de figurantes. Il faut dire que pour réussir au cinéma, il faut coucher. Et Olympia n’est pas prête à cela. C’est une fille romantique, qui rêve du grand amour.

Olympia, c’est la langoureuse jeune femme du tableau d’Edouard Manet. C’est aussi, désormais, l’héroïne d’une bande dessinée déjantée, qui dynamite l’art académique. Après s’être attaquée à la littérature avec le jubilatoire « Mes hommes de lettres » en 2008, Catherine Meurisse propose une histoire des arts loufoque et trépidante !

Au gré des aventures d’Olympia, les tableaux impressionnistes s’animent, le cinéma naissant s’impose, et se croisent Toulouse-Lautrec et Renoir, Shakespeare et Ben Hur, dans un véritable feu d’artifice culturel. A ne pas manquer !

Catherine Meurisse, Moderne Olympia, Futuropolis, 2014, 9782754809764

Moby Dick, de Chabouté, d’après Herman Melville

Affiche Moby Dick - Livre premier - La critique BDAdapter en BD un roman américain mythique comme « Moby Dick » il fallait oser… et heureusement que Chabouté a osé, car le résultat est somptueux. Dans un noir et blanc tranchant et sobre, l’univers marin est parfaitement maîtrisé. Tension palpable, suspense, combats épiques, personnages charpentés et profonds, mystère qui plane autour du capitaine Achab… : le résultat est captivant, l’imaginaire du lecteur embarque.

Chabouté, Moby Dick, Vents d’Ouest, 2014, 978-2-7493-0714-5

Ulysse, les chants du retour, de Jean Harambat

Ulysse : Les chants du retour par HarambatQuand Ulysse revient enfin sur son île d’Ithaque, vingt ans après son départ, personne ne l’attend plus. Il lui faut alors lutter pour récupérer son île, et Pénélope sa reine.

C’est bien la reconquête de Pénélope, sa femme qui l’a si patiemment attendu, qui est l’épreuve la plus difficile pour Ulysse, même si les prétendants lui donnent du fil à retordre.

Jean Harambat nous plonge dans ce dernier voyage d’Ulysse avec des talents de conteur. Il convoque aussi des spécialistes, ou des gens plus anonymes, et chacun propose une interprétation. L’auteur nous interroge sur le sens du voyage, l’oubli et la reconquête de soi, le temps, la vérité et le mensonge.

C’est subtil et Lire la suite

Le combat ordinaire, de Manu Larcenet

Couverture de Le combat ordinaire - Tome 1Après une virée affectueuse chez ses parents, Marco retrouve le silence de sa petite maison dans la verdure, et son chat, qui se fait charcuter par le gros chien d’un sale ‘con’ de chasseur. A cette occasion, il rencontre Emilie, vétérinaire de profession, et un chouette petit vieux qui ramasse des mûres. Ça lui fait un amour et un ami ! Mais voilà que tout se déglingue : Emilie se met à vouloir des choses angoissantes, et le passé dégoûtant du gentil petit vieux émerge brutalement. Marco craque…

A travers l’histoire d’un jeune photographe de presse s’interrogeant sur ce qu’il doit faire de sa vie, Larcenet brosse une comédie sur le passage à l’âge adulte, sur l’amour et les choix qu’il implique, sur notre comportement vis à vis des autres et du passé.

Manu Larcenet, Le combat ordinaire, tome 1, Dargaud, 2007, 9782205154255

Le chant du cygne, tome 1 : déjà morts demain, de Cédric Babouche, Xavier Dorison, Emmanuel Herzet

Le chant du cygne Tome 1Le lieutenant Katz et ses soldats ne sont pas des lâches. Combattants aguerris, ils ont souvent surgi de leur tranchée pour charger sous la mitraille. Mais aujourd’hui, ils en ont assez. L’incompétence criminelle de leurs officiers menace une fois de plus de les emmener au désastre. Ils décident de déserter. Pas pour fuir, pas pour se cacher. Ils se rendront ensemble à Paris pour déposer une pétition au parlement au nom de leurs frères de bataille. Commence alors le plus beau et le plus désespéré des périples…

Ce récit est passionnant, palpitant, mais n’est rien sans la force qui se dégage des images, des couleurs. Le drame se noue dans un dessin aquarellé de grande intensité, immersif. C’est documenté, maîtrisé, bourré de talents. Se précipiter sur le tome 2 dès sa sortie.

Cédric Babouche, Xavier Dorison, Emmanuel Herzet, Le chant du cygne, tome 1 : déjà morts demain, Le Lombard, 2014, 978-2-8036-3408-8