Le copain de la fille du tueur, de Vincent Villeminot

Charles vient d’intégrer un internat pour « gosses de riches » perdu au cœur des montagnes suisses. Avec Touk-E. son coloc, ils font les quatres cents coups pour tuer le temps… Jusqu’à l’arrivée de Selma. Cette fille mystérieuse, solaire, solitaire… et fille d’un célèbre trafiquant de drogue.

Voilà un roman inclassable : ça commence comme une comédie, avec Charles et Touk-E qui multiplient les âneries dans leur internat, ça se poursuit comme une romance, lorsque Selma débarque et qu’elle éblouit Charles, et ça se termine en thriller à la Tarantino, bain de sang inclus… Le titre est déroutant, comme l’est l’intrigue. Mais si on passe sur quelques détails peu réalistes, la recette fonctionne. L’écriture et les chapitres courts entraînent le lecteur, faisant oublier rapidement des moments de perplexité. Le personnage de Touk-E est particulièrement attachant et dévoile une profondeur et un sens de l’amitié inattendus. Un bon moment de lecture.

Vincent Villeminot, Le copain de la fille du tueur, Nathan, 2016, 9782092565223

Agatha, de Françoise Dargent

Agatha par DargentAgatha vit seule avec sa mère depuis la mort de son père. Elle s’ennuie. Alors elle lit. Tout ce qui lui tombe sous la main. Surtout des romans policiers. Elle lit, et elle imagine des histoires de meurtre et de disparition. Livre après livre, rêve après rêve, elle grandit. Paris, l’Egypte : Agatha brûle de voir le monde. Elle a soif de goûter à tout ce que la vie peut lui offrir. Plus tard, Agatha Miller prendra sa plume pour écrire.
Son premier roman policier sera signé Agatha Christie.

C’est le roman d’un passage à l’âge adulte, celui d’Agatha Christie. Qu’a-t-elle vécu, avant d’écrire son premier roman ? Comment devient-on la reine du crime ? La jeune Agatha s’ennuie avec sa mère, sa soeur, qu’elle adore, a désormais sa propre vie, et ses amies ne pensent qu’à se marier. Si elle ressent les premiers émois amoureux, le mariage n’est pas la carrière à laquelle se destine Agatha. Elle veut exister pour elle-même, et pourquoi pas devenir chanteuse ?

On rencontre dans ce roman une adolescente timide, curieuse, qui découvre les romans sentimentaux mais vénère Sherlock Holmes (un homme malheureusement !). Ses questions sur son avenir sont à replacer dans le contexte de l’époque : au début du 20e siècle, les femmes ne peuvent pas penser sérieusement à mener leur vie comme elles l’entendent… Et pourtant, la détermination d’Agatha grandit, avec le soutien bienveillant de sa famille : elle trouve peu à peu son propre chemin…

J’ai apprécié dans ce roman les clins d’oeil à l’oeuvre de la romancière, comme les dix petites statuettes sur la cheminée de sa grand-mère qui renvoient aux « Dix petits nègres ». Un roman agréable et très documenté.

Françoise Dargent, Agatha, Hachette, 2016, 9782012270085

L’Héritière (tome 1), de Mélinda Salisbury

Melinda Salisbury - L'héritière.Twylla, dix-sept ans, est une élue, l’incarnation de la fille du dieu de la vie et de la déesse de la mort. Depuis ses treize ans, elle vit dans le château de Lormere où, bien qu’elle soit promise au prince, elle ne participe pas comme les autres à la vie de la cour. Car Twylla est, en quelque sorte, le bourreau de la reine. Nourrie chaque mois d’un poison mortel contre lequel elle est immunisée, elle exécute les traîtres du royaume. Simplement en les touchant. Ce statut l’affige au plus haut point – et l’isole cruellement. Alors, quand son nouveau garde, Lief, charmant et rebelle, cherche à se rapprocher d’elle, Twylla se laisse aller aux confidences… et aux sentiments. Mais elle est fiancée au prince, auquel elle se sent liée, et redoute la cruauté de la reine…

Un roman fascinant et très abouti, que je recommande vivement. Poison, mensonges, assassinats, rancunes : tous les ingrédients d’une ambiance médiévale noire et cruelle sont réunis. L’univers créé par l’auteure est très fouillé ; je trouve très intéressant le personnage de la Mangeuse de péchés, qui dévore les fautes commises par les gens après leur décès, sous forme de différents plats. Les personnages sont très riches et travaillés, la méchante reine est ultra-crédible, et tout simplement odieuse. Twylla est très juste en héroïne naïve qui finit par se poser des questions, au coeur d’une intrigue captivante dont les noeuds se resserrent peu à peu, dans un suspens subtil. Bref, une réussite !

Mélinda Salisbury, L’Héritière, tome 1, Gallimard jeunesse, 2015, 978-2-07-066545-7

Hugo de la nuit, de Bernard Santini

« L’oncle d’Hugo allait presser l’interrupteur de la lampe de chevet lorsque l’enfant le retint par la main. – Attends… J’avais encore une question à te poser… – Quoi donc ? sourit son oncle. – Je me demandais… Tu penses qu’un mort, ça peut se déterrer tout seul ? Son oncle écarquilla les yeux pour souligner l’absurdité de la question. – « L’enfer est vide. Tous les démons sont parmi nous », dit-il Hugo de la Nuit par Santinidans un souffle. – Qu’est-ce que ça veut dire ? – C’est du Shakespeare et cela signifie que les vivants sont plus à craindre que les morts. Hugo fronça les sourcils d’un air dubitatif. – Et sur ce constat d’épouvante, conclut Oscar dans un large sourire, je te souhaite de beaux rêves ! D’un clic, il éteignit la lampe de chevet. Hugo entendit ses pas s’éloigner dans le noir. La porte se referma sans bruit. Maintenant, la nuit pouvait commencer… »

La belle propriété où vit Hugo avec ses parents est menacée, depuis qu’on y a trouvé du pétrole. Heureusement, le père d’Hugo y découvre une fleur rarissime, quasi-introuvable : il n’y a plus qu’à faire classer la propriété, et la famille pourra enfin vivre en paix ! Mais une nuit, une terrible nuit, un assassin s’introduit dans la maison…

Et ce n’est que le début de ce court roman ; la suite est peuplée de zombies, fantômes, personnages hauts en couleur, sans oublier Hugo, l’enfant de la nuit. De rebondissements en surprises, Bernard Santini propose un conte fantastique et écologique, une réflexion sur la mort, le rêve et la réalité…

Si vous aimez ce roman, poursuivez avec la lecture de L’étrange vie de Nobody Owens, de Neil Gaiman.

Bernard Santini, Hugo de la nuit, Grasset, 2016, 9782246860253

La belle propriété où vit Hugo avec ses parents est menacée, depuis qu’on y a trouvé du pétrole. Heureusement, le père d’Hugo y découvre une fleur rarissime, quasi-introuvable : il n’y a plus qu’à faire classer la propriété, et la famille pourra enfin vivre en paix ! Mais une nuit, une terrible nuit, un assassin s’introduit dans la maison…

Et ce n’est que le début de ce court roman ; la suite est peuplée de zombies, fantômes, personnages hauts en couleur, sans oublier Hugo, l’enfant de la nuit. De rebondissements en surprises, Bernard Santini propose un conte fantastique et écologique, une réflexion sur la mort, le rêve et la réalité…

Si vous aimez ce roman, poursuivez avec la lecture de L’étrange vie de Nobody Owens, de Neil Gaiman.

Et je danse, aussi, d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Un mail comme une bouteille à la mer. D’ordinaire, l’écrivain Pierre-Marie Sotto ne répond jamais et je danse aussi. courriers d’admirateurs. Mais cette Adeline P. n’est pas une « lectrice comme les autres « . Quelque chose dans ses phrases, peut-être, et puis il y a cette épaisse et mystérieuse enveloppe qu’elle lui a parvenir – et qu’il n’ose pas ouvrir. Entre le prix Goncourt et la jeune inconnue, une correspondance s’établit qui en dévoile  autant qu’elle maquille, de leurs deux solitudes, de leur secret commun…

Une correspondance écrite par deux auteurs, chacun assumant un des personnages : voilà l’idée de départ, assez séduisante. Peu à peu le lien qui paraissait improbable se tisse, et de petits riens en petits riens le lecteur découvre les personnages en même temps qu’eux se découvrent l’un l’autre. C’est agréable, il y a une grande liberté de ton, et alors que les anecdotes s’enchaînent et que le lecteur se demande où tout cela va, l’intrigue se dévoile, et le mystère se noue… Déboires, folies, déceptions, secrets : tout cela prend une forme inattendue, portée par l’humour et l’émotion. Réjouissant.

Anne-Laure Bondoux, Jean-Claude Mourlevat, Et je danse, aussi, Pocket, 2016, 978-2-266-26597-3

Janis est folle, d’Olivier Ka

Janis est folle - Olivier Ka - couvTitouan et sa mère Janis vivent depuis toujours en marge, se faisant héberger ici ou là, de ville en ville, de petits boulots en petits boulots. Seuls au monde tous les deux et s’adorant. Mais un jour, Janis met volontairement le feu aux deux-pièces qu’on leur prête et les voilà en cavale, dormant dans leur vieux Volvo break ou dans des campings paumés. Sans argent, ils finissent par braquer une pizzeria, puis une épicerie. Jusqu’où l’irresponsabilité de Janis va-t-elle les mener ? Pourtant, Titouan a l’impression que sa mère a un plan précis, est-ce qu’elle ne l’emmènerait pas quelque part ?

Un roman pour adolescents beau et rare. L’histoire d’un amour excessif et différent. Une mère et son fils : attachement, fusion, enfermement. Janis et Titouan fuient, c’est l’instinct de survie qui les guident. Janis est imprévisible, instable, attachante. C’est un modèle pour Titouan, et aussi son fardeau. Elle cherche à le protéger, à répondre à ses attentes, mais rien n’est simple. Embarqué malgré lui dans une quête qu’il ne comprend d’abord pas, Titouan, témoin et acteur, suit sa mère hors du monde.

Avec une écriture précise et subjective, tantôt sombre, tantôt lumineuse, Olivier Ka décrit les limites toujours repoussées, la folie d’une mère, la vénération d’un fils. Cette histoire d’amour tragique nous tient du début à la fin, avec une intensité exceptionnelle et d’une grande justesse.

Olivier Ka, Janis est folle, Rouergue, collection DoAdo noir, 2015, 978-2-8126-0930-5

Ma fugue chez moi, de Coline Pierré

Ma fugue chez moi par PierréA quinze jours de Noël, rien ne va plus pour Anouk. Elle s’est vengée de sa copine d’enfance qui la harcelait au collège. Elle a appris que sa mère climatologue prolongerait son séjour en Alaska, les laissant encore une fois seuls pour les fêtes. Elle n’a pas l’âme d’une aventurière mais voudrait changer de vie. Alors d’un coup de tête, elle remplit son sac à dos et s’en va. La journée passant, impossible de trouver à se loger. Solution : fuguer sans bouger de chez elle. Anouk organise sa planque dans un placard sous les toits. Elle descendra du grenier regarder ses mails, piocher dans le frigo et faire sa toilette aux heures de bureau de son père. Le week-end, sa sœur pensionnaire sera là. Ca sera long et difficile. Se sachant recherchée, combien de temps et comment va-t-elle tenir ? Et les siens, comment vont-ils vivre l’absence ?

Ce roman court aborde le thème de la fugue sous un angle original. Anouk, réfugiée dans le grenier, voit vivre son père et sa soeur, et peut se rendre compte de leur inquiétude à son sujet. Elle se pose des questions, elle réfléchit à ses relations à ses proches, à sa mère absente à qui elle en veut, à la souffrance de son père. Elle observe tout cela avec moins de détachement qu’elle ne le voudrait. Elle se replie à l’intérieur de son cocon, comme à l’intérieur d’elle-même, elle sait bien que cela ne peut avoir qu’un temps, mais elle reste là dans ce temps particulier, solitaire et suspendu. Le lecteur s’attache à ce personnage et découvre aussi la jolie relation qui l’unit à Bena sa petite soeur. Une fin plutôt inattendue, ni happy end ni pathétique, finalement proche de la vie réelle, termine ce roman d’une grande justesse.

Coline Pierré, Ma fugue chez moi, le Rouergue, 2016, 978-2-8126-1052-3

 

Je suis qui je suis, de Catherine Grive

Je suis qui je suisC’est l’été. Pour la première fois, Raph’ ne part pas en vacances, car sa mère est enceinte. Raph’ va mal, avec le cœur et l’esprit emplis de chagrin. Et s’interroge beaucoup sur le choix qu’on a, ou pas, d’être une fille ou un garçon. Et depuis quelques mois, pour tromper son chagrin, Raph’ vole les lettres dans les boîtes des voisins.

Raph’ : fille ou garçon ? L’ambiguïté est levée au bout de quelques dizaines de pages, mais Raph’ continue à ignorer l’origine du chagrin qui la mine. Le vol des courriers dans les boîtes aux lettres sert de fil rouge à ce récit. Raph’ le fait pour inventer la vie des autres, à défaut de se trouver elle. Puis cet acte intrusif va l’amener à dévoiler à ses parents son mal-être… et peut-être à poser les bonnes questions.

Le mal-être de l’adolescence se condense au cours de cet été vacant, rempli d’ennui pour Raph’ qui reste à la maison alors que ses parents travaillent. Les questions se bousculent, le chagrin la prend parfois à la gorge. Heureusement, sa rencontre avec Sarah lui permet de nouer une nouvelle amitié, et elle va peu à peu se confier. Une histoire de la recherche de soi, toute en délicatesse.

Catherine Grive, Je suis qui je suis, Rouergue, 2016, 978-2-8126-1058-5

L’Homme-qui-dessine, de Benoît Séverac

L'Homme-qui-dessineMounj a de la peine. Son peuple, les Hommes-droits (de Néandertal), se meurt. Il faut renouveler les rencontres, trouver de nouveaux membres pour le clan. Il est parti à travers le monde depuis trois hivers afin de chercher une femme, qu’il pourra ensuite ramener. Dans une forêt, il est fait prisonnier par une tribu d’Hommes-qui-savent (sapiens sapiens, c’est-à-dire nous). Ces derniers sont inquiets : un mystérieux tueur s’attaque aux leurs, armé d’une sagaie très puissante. Contre sa libération et malgré les doutes d’une partie de la tribu, Mounj obtient de pouvoir mener l’enquête.

Benoît Séverac nous immerge dans la vie des hommes préhistoriques, il y a 30 000 ans. Homo sapiens et hommes de Néandertal cohabitent, mais le nombre de ces derniers diminuent dangereusement. On assiste à la rencontre de ces deux espèces humaines, à leurs échanges, à leurs incompréhensions face à ce qui les différencie. Mounj, l’homme-qui-dessine de sa tribu, est fasciné par les peintures qu’il découvre au coeur des grottes occupées par les Sapiens. Lui qui tient à transmettre les techniques héritées de son père, qui permettent de représenter le monde sur des écorces de bouleau, comprend soudain que les peintures des Sapiens défieront le temps. Cela n’empêche pas Mounj de faire preuve de sagacité pour se sortir de la délicate situation où il se trouve. Il tient absolument à perpétuer son espèce…

Dans ce contexte original, ce roman propose une intrigue qui accroche le lecteur tout en offrant un beau voyage dans le temps et une réflexion sensible sur l’humanité.

Benoît Séverac, L’Homme-qui-dessine, Syros, 2014, 9782748514445

Itawapa, de Xavier-Laurent Petit

Afficher l'image d'origineAmérique du sud, de nos jours. La mère de Talia est une anthropologue engagée, qui n’a de cesse de protéger des morceaux de forêt vierge et leurs habitants contre les multinationales avides de profit. Cette fois, Talia s’inquiète : cela fait plus d’un mois qu’elle n’a pas de nouvelles du minuscule campement à partir duquel sa mère est partie à la recherche de celui qu’elle estime être le dernier survivant de sa tribu. La jeune fille parvient à convaincre un policier et son grand-père de faire le voyage jusqu’à Itawapa pour découvrir ce qui s’y passe.

Dans la forêt amazonienne, la place de l’homme est toute petite. Ainsi quand Talia et ses compagnons de voyage découvre le campement de sa mère envahit par la végétation… Tout devient plus intense. La nature est une force, une vigueur envahissante, qui montre à quelle point l’humanité est à la fois fragile et importante. Il y a plus de solidarité au fond de ce désert vert, comme celle de ce pilote qui revient juste au cas où, et la solitude est plus immense ici que partout ailleurs.

Xavier-Laurent Petit a ce talent de rendre avec justesse la splendeur et la cruauté de ce milieu, mais aussi les ressentis et les émotions de Talia, qui avance, comme dans une jungle, vers ses origines.

Xavier-Laurent Petit, Itawapa, Ecole des loisirs, 2013, 9782211211232