Agatha, de Françoise Dargent

Agatha par DargentAgatha vit seule avec sa mère depuis la mort de son père. Elle s’ennuie. Alors elle lit. Tout ce qui lui tombe sous la main. Surtout des romans policiers. Elle lit, et elle imagine des histoires de meurtre et de disparition. Livre après livre, rêve après rêve, elle grandit. Paris, l’Egypte : Agatha brûle de voir le monde. Elle a soif de goûter à tout ce que la vie peut lui offrir. Plus tard, Agatha Miller prendra sa plume pour écrire.
Son premier roman policier sera signé Agatha Christie.

C’est le roman d’un passage à l’âge adulte, celui d’Agatha Christie. Qu’a-t-elle vécu, avant d’écrire son premier roman ? Comment devient-on la reine du crime ? La jeune Agatha s’ennuie avec sa mère, sa soeur, qu’elle adore, a désormais sa propre vie, et ses amies ne pensent qu’à se marier. Si elle ressent les premiers émois amoureux, le mariage n’est pas la carrière à laquelle se destine Agatha. Elle veut exister pour elle-même, et pourquoi pas devenir chanteuse ?

On rencontre dans ce roman une adolescente timide, curieuse, qui découvre les romans sentimentaux mais vénère Sherlock Holmes (un homme malheureusement !). Ses questions sur son avenir sont à replacer dans le contexte de l’époque : au début du 20e siècle, les femmes ne peuvent pas penser sérieusement à mener leur vie comme elles l’entendent… Et pourtant, la détermination d’Agatha grandit, avec le soutien bienveillant de sa famille : elle trouve peu à peu son propre chemin…

J’ai apprécié dans ce roman les clins d’oeil à l’oeuvre de la romancière, comme les dix petites statuettes sur la cheminée de sa grand-mère qui renvoient aux « Dix petits nègres ». Un roman agréable et très documenté.

Françoise Dargent, Agatha, Hachette, 2016, 9782012270085

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Je suis qui je suis, de Catherine Grive

Je suis qui je suisC’est l’été. Pour la première fois, Raph’ ne part pas en vacances, car sa mère est enceinte. Raph’ va mal, avec le cœur et l’esprit emplis de chagrin. Et s’interroge beaucoup sur le choix qu’on a, ou pas, d’être une fille ou un garçon. Et depuis quelques mois, pour tromper son chagrin, Raph’ vole les lettres dans les boîtes des voisins.

Raph’ : fille ou garçon ? L’ambiguïté est levée au bout de quelques dizaines de pages, mais Raph’ continue à ignorer l’origine du chagrin qui la mine. Le vol des courriers dans les boîtes aux lettres sert de fil rouge à ce récit. Raph’ le fait pour inventer la vie des autres, à défaut de se trouver elle. Puis cet acte intrusif va l’amener à dévoiler à ses parents son mal-être… et peut-être à poser les bonnes questions.

Le mal-être de l’adolescence se condense au cours de cet été vacant, rempli d’ennui pour Raph’ qui reste à la maison alors que ses parents travaillent. Les questions se bousculent, le chagrin la prend parfois à la gorge. Heureusement, sa rencontre avec Sarah lui permet de nouer une nouvelle amitié, et elle va peu à peu se confier. Une histoire de la recherche de soi, toute en délicatesse.

Catherine Grive, Je suis qui je suis, Rouergue, 2016, 978-2-8126-1058-5

Je t’enverrais des fleurs de Damas, de Franck Andriat

Frank Andriat, Je t'enverrai des fleurs de Damas.S’expatrier et aller se battre pour une cause que l’on croit juste, donner sa vie pour la démocratie et la liberté, c’est bien. Sauf si l’on a quinze ans et qu’on s’est fait « tourner la tête » par des extrémistes qui, au nom de Dieu, envoient des jeunes à la mort. La guerre civile en Syrie a causé des dizaines de milliers de victimes et la communauté internationale n’en fait pas une priorité absolue.
Pendant ce temps-là, des innocents meurent et, parmi ceux-ci, des adolescents venus de France et d’ailleurs.

Le point de vue de ceux qui restent : plusieurs adolescents, dont Myriam, la meilleure amie de Wassim, et Youssef, aux positions catégoriques, ainsi que le regard d’un de leurs enseignants.

Cette pluralité est précieuse, mais elle ne permet pas de comprendre les ressorts du départ de Wassime et d’Othmane. Franck Andriat pose quelques jalons (manipulations, repli sur soi…) sans entrer dans les détails de la complexité psychologique des adolescents. L’auteur s’attache plutôt à montrer les ravages de ce départ sur leur entourage, en multipliant les points de vue narratifs. Ce procédé est ici plutôt mal exploité : on trouve des redites d’un témoignage à l’autre, on a parfois l’impression de relire plusieurs fois la même histoire, sans que cela n’apporte grand chose. Si Myriam est dynamique et attachante, certains personnages, comme celui de l’enseignant ou de Youssef, manquent d’épaisseur. Ce dernier, qui tient pourtant une place essentielle dans ce court roman, est dénué d’intériorité. Le lecteur a l’impression qu’il tient le rôle totalement désincarné de la voix des recruteurs fanatiques.

Un roman qui invite à réfléchir par soi-même mais qui, malheureusement, n’est pas suffisamment abouti.

Franck Andriat, Je t’enverrais des fleurs de Damas, Mijade, 2014, 978-2-87423-099-8

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, de Céleste Ng

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit par NgLydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore… Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs. Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus. Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac. Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés.

Lydia est morte, on a retrouvé son corps au fond du lac. Que s’est-il passé ? Qui l’a tuée ? Sa mère en est persuadée, jamais Lydia ne se serait aventurée seule dehors, la nuit. Jamais.

L’origine de cette tragédie s’enracine au coeur même de l’histoire familiale de Lydia, au sein de la rencontre même de ses deux parents. James, son père d’origine chinoise, qui voulait plus que tout s’intégrer, se fondre dans la masse. Maryline, sa mère qui n’a pas pu être médecin. Voilà les trois enfants de ce couple alourdis, lestés des désirs de leurs parents. Et surtout Lydia, si belle, si brillante, qui ne les déçoit pas.

Non Lydia n’était pas seule quand elle est sortie de la maison ce soir-là. Elle est sortie chargée des désirs, des regrets, des renoncements et des attentes de son père, de sa mère. Chargée de l’espoir porté par son frère Nathan, prêt à prendre son envol, et de l’ouverture d’esprit de sa petite sœur Hannah. Elle voulait s’élancer à son tour dans la vie, se libérer des liens qui l’entravaient.

Mais certains liens sont indéfectibles. Une double image symbolise pour moi ces liens familiaux qui à la fois construisent et détruisent: Nathan et Lydia, attachés l’un à l’autre par la cheville au cours d’un jeu d’enfant, et qui chutent à tour de rôle sans parvenir à terminer la course. Nathan qui tend la main à Lydia tombée dans le lac, enfant, et qui la tire vers la rive.

Dans ce roman les liens lient et ligotent. La narration sert totalement l’intrigue, avec une rare subtilité. Subjective, elle passe d’un personnage à l’autre avec fluidité et douceur, sans jugement. Je regrette simplement que les parents de Lydia soient si extrêmes dans leurs attentes, qu’ils ne se remettent pas, ou si tard !, en question. Cela reste cependant un roman inventif, intense et d’une grande qualité.

Céleste Ng, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, Sonatine, 2016, 9782355843678

Prends ta pelle et ton seau, et va jouer dans les sables mouvants, d’Hervé Giraud

Hervé Giraud - Prends ta pelle et ton seau et va jouer dans les sables mouvants.Voilà un court roman corrosif et léger, comme on les aime ! Et pourtant le sujet est plutôt sombre. Le jeune narrateur, Anton Tchekov, est en plein marasme : avec une vie familiale quasi-désertique, il vit dans une ville en pleine désolation, sur une barge près de la voie rapide… Autant dire qu’il est à fond de cale ! Viré du collège, même sa carrière de délinquant ne décolle pas !

Anton est fanfaron, tête à claque, un vrai cliché ambulant… Mais c’est un faux dur ; en réalité, un gamin chiffonné par pas d’enfance, en manque d’amour, touchant. L’auteur, Hervé Giraud, manie un humour féroce doublé d’une grande fantaisie ; et la langue est pleine d’émotions, proche du langage parlé, crue et vitaminée. Un roman pas larmoyant, mais enlevé, et qui se finit par une touche d’espoir.

Hervé Giraud, Prends ta pelle et ton seau et va jouer dans les sables mouvants, Thierry Magnier, 2015, 9782364746718

Refuges, d’Annelise Heurtier

Refuges par HeurtierMila, une jeune italienne, revient sur l’île paradisiaque de son enfance, espérant y dissiper le mal-être qui l’assaille depuis un drame familial.
Très vite, d’autres voix se mêlent à la sienne. Huit voix venues de l’autre côté de la Méditerranée qui crient leur détresse, leur rage et la force de leurs espérances.

Un roman encensé par la critique, et c’est largement mérité. Oui un roman peut être à la fois littéraire et engagé ! Car ce roman est un plaidoyer pour l’ouverture aux autres, le respect de l’humain. Avec une force délicate et jamais larmoyante, Annelise Heurtier croise des voix d’adolescents ; celle de Mila, jeune italienne et fil rouge de ce roman, de retour sur l’île magique des vacances, Lampedusa, après la mort tragique de son petit frère, qui tâche de reprendre pied dans la vie, et de s’affranchir des pesanteurs du deuil familial.

Celles de huit adolescents érythréens, qui veulent fuir à tout prix Lire la suite

Points noirs et sac à dos, de Leslie Plée

Points noirs et sac à dos, bd chez Fluide G. de PléeUne fille de 13 ans dans une banlieue quelconque : entre début des règles, ragots entre copines et correspondants allemands…

Cette BD montre une bande de copines attachantes, émouvantes et agaçantes. Les questionnements et les errements de la puberté sont décrits de façon authentique, et les tranches de vie se succèdent : rentrée scolaire, amour secret pour un garçon, voyage scolaire en Allemagne, mais sans réel scénario, ce qui est dommage ! Un bon moment de lecture… mais pas inoubliable.

Leslie Plée, Points noirs et sac à dos, Fluide Glacial, 2012, 978-2-35207-263-8

Nous les menteurs, d’Emily Lockhart

Nous les menteursLa famille Sinclair est riche, distinguée. Parfaite. Dans la famille, il y a les grands-parents, qui possèdent une île privée au large de Cap Code. Il y a trois filles, qui ont chacune leur maison sur l’île. Et puis il y a les petits-enfants, parmi lesquels trois beaux et gais adolescents : Mirren, Johnny, et Cadence. Et puis il y a Gat, un ami de Johnny, qui fait partie de la petite bande. Les Menteurs, comme ils se surnomment. Et les vacances sur l’île sont toujours douces et insouciantes.

Sauf que cet été-là, lorsque Cadence revient sur l’île, alors qu’elle a 17 ans, elle ne se souvient que très peu de choses au sujet de son dernier séjour, deux ans auparavant. A part qu’elle a eu un terrible accident et que Lire la suite

Le livre des choses perdues, de John Connolly

Le livre des choses perduesL’Europe est sur le point de basculer dans la guerre. Le jeune David est trop petit pour comprendre la politique, mais il n’en ressent pas moins l’inquiétude qui, chaque jour, mine un peu plus les traits de son père. Le garçon se retrouve livré à lui-même, seul avec Rose, celle qui a remplacé sa mère défunte. Mais un jour, la voix de cette dernière l’appelle, elle est là, toute proche, quelque part au fond du jardin, dans ce tronc creux qui, hier encore, n’était pas là… Et voilà David aspiré dans un autre monde, peuplé de créatures tout droit sorties des contes qu’il lit à longueur de journée.
Un lieu magique et violent où, au détour de chaque chemin, le guette un danger qu’il doit affronter s’il veut un jour rentrer chez lui.

Voici un roman à la fois sombre, cauchemardesque… et merveilleux. Au tout début de la Seconde guerre mondiale, David, qui a perdu sa mère quelques temps auparavant, voit Lire la suite

La décision, d’Isabelle Pandazopoulos

La décision par PandazopoulosUn matin, Louise, exellente élève de Terminale S, a un malaise en plein cours de maths. Quelques instants plus tard, elle accouche seule d’un enfant dont elle ne savait rien, qu’elle n’a pas attendu, encore moins désiré. Assaillie de questions, Louise, la jeune fille sans histoires, croit devenir folle. Pourtant l’évidence est là : ce bébé de 3,3 kg, son fils. Comment l’accepter ? Soutenue par sa famille, ses amis et les professionnels qui l’entourent, Louise va découvrir la vérité et réapprendre à vivre.

Un roman d’une remarquable justesse et humanité, pour traiter un sujet si délicat. L’écriture est simple et efficace, rien n’est surjoué, et l’auteur nous fait intelligemment pénétrer dans la peau de plusieurs personnages, afin d’explorer leurs points de vue et leurs ressentis face à la situation. C’est une vraie réussite.

Isabelle Pandazopoulos, La décision, Gallimard, collection Scripto, 2013, 9782075025379