Quartier lointain, de Jiro Taniguchi

Jiro Taniguchi - Quartier lointain  : L'intégrale.Un homme d’une quarantaine d’années, méditant sur la tombe de sa mère, perd conscience. Lorqu’il revient à lui, il se retrouve à l’âge de 14 ans, dans l’environnement qu’il cotoyait à ce moment-là. Il retrouve sa petit soeur, sa mère et son père, revit ses cours de collégien.

Un récit tout en finesse et en douceur, avec cet homme qui revit un moment de son adolescence tout en gardant son esprit d’adulte. C’est sobre, mélancolique et drôle parfois. Peut-on changer son passé ? Peut grandir sans perdre son âme d’enfant ? Une grande attention est portée aux sensations du jeune héros, à des instants brefs et légers, qui disparaîtront (peut-être ?) sans laisser plus de trace qu’une bulle de savon. Une lecture magnifique.

Ce manga reçoit le prix Canal BD au festival d’Angoulême en 2003 (un prix reçu parmi d’autres !)

Jiro Taniguchi, Quartier lointain, l’intégrale, Casterman, 2006, 9782203396449

La petite Chartreuse, de Pierre Péju

Un jour en voiture, Vollard renverse Eva. La fillette est dans le coma. De ces événements dramatiques une rencontre jaillit. Une rencontre ténue, légère comme une plume, qui bouleverse leurs vies.

« Pour Vollard, Éva devenait la petite Chartreuse. Silencieuse sans en avoir fait le voeu. La très pâle moniale. L’enfant cloîtrée. L’enfant privée de voix et de joie, privée d’enfance. Mais au fil de ces errances dans la Chartreuse, bizarrement, ce n’était pas le poids écrasant et absurde de l’accident que Vollard ressentait en compagnie de la petite fille, mais un inexplicable allègement, un soulagement, un apaisement dû à ce rituel de marche lente, de silence, de contemplation de choses infimes.
Comment un si petit être, émettant si peu de signes, pouvait-il lui donner cette impression de discret équilibre, de nécessité fragile mais heureuse ? Le sentiment confus que tout pouvait se résumer à ce va-et-vient entre la librairie et l’hôpital s’intensifiait encore en passant, Éva à ses côtés, du centre spécialisé à la nature sauvage. »

Une histoire d’exclusion, de solitude, de mal de vivre… Evidemment, le destin d’Eva est funeste, et il s’en dégage une tristesse épaisse, collante. Mais aussi, de ce trio d’esseulés (Eva, sa mère, Vollard), un rayon de lumière, une tendresse infinie. A lire néanmoins quand on a plutôt le moral !

Ce roman reçoit le prix du livre Inter en 2003.

Pierre Péju, La Petite Chartreuse, Gallimard, 2002, 9782072452390

L’arabe du futur, par Riad Sattouf

Riad Sattouf - L'Arabe du futur - Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984).Riad Sattouf raconte les premières années de sa vie, en Libye puis en Syrie, avec une foule de petits détails et d’anecdotes qui rendent son récit passionnant. Toujours drôle, parfois didactique mais sans être lourd, il donne à voir eux pays dirigés par des dictateurs en soulignant les incohérences du système (la maison sans serrure !). Les mentalités sont souvent archaïques, immatures, y compris celle du père de Riad, qui se veut pourtant progressiste et moderne, mais qui est pétri de contradictions. On a hâte de lire la suite…

L’arabe du futur reçoit le Fauve d’or à Angoulême en 2015.

Riad Sattouf, L’arabe du futur, une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984), Allary éditions, 2014, 978-2-37073-014-5