Tunnels, tome 1, de Roderick Gordon et Brian Williams

Tunnels, Tome 1 par GordonWill Burrows, un jeune garçon de quatorze ans, vit à Londres avec sa famille. Mais lui et les siens ont peu de choses en commun. Il partage cependant une passion avec son père : ensemble, ils adorent creuser des tunnels. Lorsque Mr Burrows disparaît brutalement au fond d’une galerie inconnue, Will décide de mener l’enquête avec l’aide de son ami Chester.
C’est ainsi que nos deux héros se retrouvent bientôt dans les lointaines profondeurs de la terre. Là les attend un terrible et sombre secret qui pourrait bien leur coûter la vie.

Un adolescent fasciné par la géologie et qui passe son temps libre à creuser des galeries avec son père : voilà un sujet original. « Tunnels » est un roman d’aventures dans lequel Will et son ami vont partir explorer un monde souterrain totalement inconnu. L’existence d’un peuple vivant sous terre, si elle est peu réaliste, est néanmoins décrite avec de nombreux détails. Ce peuple développe des technologies avancées mais affiche des mentalités à l’ancienne, c’est une société hiérarchisée dans laquelle le plus faible est constamment écrasé. Les Styx la dominent, faisant preuve d’une violence physique et psychologique sans égal. Will, en parcourant ce monde à part, découvre le secret de ses origines, et se confronte à son sens de la loyauté et de la famille. Malheureusement, les personnages, y compris celui de Will, manquent d’épaisseur, c’est dommage…

Roderick Gordon et Brian Williams, Tunnels, tome 1, Michel Lafon, 9782749908191, 2008

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L’argent, de Marie Desplechin et Emmanuelle Houdart

L'argent par DesplechinEnfant gâté, clochard infortuné, mafieux armé jusqu’aux dents : autant de figures de fortune et d’infortune qui donnent à voir les multiples visages de l’argent, tour à tour séduisants, repoussants, fascinants, inquiétants, jamais d’un seul tranchant.

Cet album grand format dresse le portrait de plusieurs membres d’une famille. Pour chaque portrait, un texte de type monologue signé par Marie Desplechin et un portrait magnifiquement dessiné par Emmanuelle Houdart. Un portrait pictural sans concession, montrant de manière plutôt objective le personnage, s’oppose ou complète la description que le personnage fait de sa vie, de ses rapports aux autres, et de ses rapports à l’argent. Les illustrations aux couleurs éclatantes font appel à de nombreux symboles : une mouche qui signale le pourrissement par l’argent, un faucon qui signale un prédateur sans morale, un coeur aux artères stylisées qui montre la générosité, un enfant noyé sous une montagne de jouet qui montre des besoins affectifs que l’argent ne suffit pas à combler…

Les textes sont subjectifs : ce sont les personnages eux-mêmes qui s’expriment. On pense à un monologue intérieur, ou à l’évocation des principes qu’ils ont fait leurs. Ils défendent leurs choix de vie, s’interrogent sur leurs proches ou les dénigrent, et toute la subtilité des rapports familiaux, les questions de place, les incompréhensions et les non-dits, sont suggérés dans cet entrecroisement de discours personnels.

De la confrontation de l’illustration et du texte naît un bel objet littéraire, pour adolescents et pour adultes, qui aborde de nombreuses notions : l’argent bien sûr, qui sépare, isole, réunit, mais aussi le travail, le don, la charité et la solidarité, le dénuement matériel et la privation d’amour… Finalement, nos rapports aux autres sont souvent liés à la manière dont on considère l’argent.

Marie Desplechin, Emmanuelle Houdart, L’argent, Thierry Magnier, 2013, 9782364743052

Là où vont nos pères, de Shaun Tan

Un homme part, laissant derrière lui femme, enfant et misère. Il part avec l’espoir de trouver une vie meilleure dans un pays inconnu, de l’autre côté de l’océan. Il découvre une ville déconcertante, où tout lui est étranger, du langage aux coutumes. Avec rien de plus qu’une valise et quelques billets, il cherche un endroit où vivre.

couvertureUn magnifique album sans texte, aux couleurs sépias et à l’aspect volontairement vieilli… comme un album de souvenirs familiaux, que l’on feuillette pour se rappeler d’où l’on vient. C’est l’histoire d’une famille, dans un pays d’Asie probablement, dont le père fait sa valise et monte sur un paquebot pour rejoindre un ailleurs plus prometteur. Des symboles étranges matérialisent l’écriture de ce nouveau pays et incarnent l’étrangeté même de la situation de l’exilé.

Il y a un contraste entre l’aspect photographique des illustrations et la fantaisie qui se dégage des représentations de l’architecture, des animaux, de la nature. De la poésie et du rêve dans un un monde plutôt sombre, avec de nombreuses notes d’espoir. Ainsi le héros rencontre d’autres migrants, solidaires, qui l’aident à s’intégrer. Le jeu sur l’échelle des plans, du simple détail à l’illustration pleine page, le découpage en chapitres, l’utilisation de différentes nuances de sépia, tout renforce la puissance évocatrice de cet album muet.

Prix du meilleur album 2008 (Festival BD d’Angoulême).

Shaun Tan, Là où vont nos pères, Dargaud, 2007, 978-2-205-05970-0

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.

Rien ne s'oppose à la nuit par ViganAprès la mort de sa mère, Delphine de Vigan raconte ce qu’elle fut et tente de la cerner. Avec dignité, justesse, tendresse même, elle décrit l’enfance de sa mère, dans une famille « joyeuse et dévastée », puis sa vie d’adulte, qui débute par un lent glissement vers la folie. Elle interroge les blessures à vif de sa mère, recherche ses moments de bonheur, affronte les longues périodes d’errance. Pour cela, elle recueille auprès de sa famille, des amis de sa mère, témoignages, coupures de presse, carnets, photos, lettres. Elle est animée par la volonté de ne pas trahir les faits, et cela se ressent dans son écriture, précise et travaillée, limpide et juste. C’est un roman bouleversant, qui explore, sans pathos, sans voyeurisme, le coeur de la mémoire familiale. Reste malgré tout la question : qu’est-ce qui échappe à l’écriture ? Comment décrire cette part d’ombre insaisissable, incommunicable, qui appartient à chacun ?

Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit, Livre de poche, 2013, 978-2-253-16426-5

Prends ta pelle et ton seau, et va jouer dans les sables mouvants, d’Hervé Giraud

Hervé Giraud - Prends ta pelle et ton seau et va jouer dans les sables mouvants.Voilà un court roman corrosif et léger, comme on les aime ! Et pourtant le sujet est plutôt sombre. Le jeune narrateur, Anton Tchekov, est en plein marasme : avec une vie familiale quasi-désertique, il vit dans une ville en pleine désolation, sur une barge près de la voie rapide… Autant dire qu’il est à fond de cale ! Viré du collège, même sa carrière de délinquant ne décolle pas !

Anton est fanfaron, tête à claque, un vrai cliché ambulant… Mais c’est un faux dur ; en réalité, un gamin chiffonné par pas d’enfance, en manque d’amour, touchant. L’auteur, Hervé Giraud, manie un humour féroce doublé d’une grande fantaisie ; et la langue est pleine d’émotions, proche du langage parlé, crue et vitaminée. Un roman pas larmoyant, mais enlevé, et qui se finit par une touche d’espoir.

Hervé Giraud, Prends ta pelle et ton seau et va jouer dans les sables mouvants, Thierry Magnier, 2015, 9782364746718

Nous les menteurs, d’Emily Lockhart

Nous les menteursLa famille Sinclair est riche, distinguée. Parfaite. Dans la famille, il y a les grands-parents, qui possèdent une île privée au large de Cap Code. Il y a trois filles, qui ont chacune leur maison sur l’île. Et puis il y a les petits-enfants, parmi lesquels trois beaux et gais adolescents : Mirren, Johnny, et Cadence. Et puis il y a Gat, un ami de Johnny, qui fait partie de la petite bande. Les Menteurs, comme ils se surnomment. Et les vacances sur l’île sont toujours douces et insouciantes.

Sauf que cet été-là, lorsque Cadence revient sur l’île, alors qu’elle a 17 ans, elle ne se souvient que très peu de choses au sujet de son dernier séjour, deux ans auparavant. A part qu’elle a eu un terrible accident et que Lire la suite

Kurt et le poisson, d’Erlend Loe

Kurt et le Poisson par LoeKurt travaille sur le port, avec son chariot élévateur transpalette. Un jour, sur le port, il trouve un poisson. Mais alors, un très gros poisson. Il le ramène chez lui. Et avec sa famille, il décide de partir en voyage, nourris par l’énorme poisson, sur le chariot élévateur transpalette.

Dans un style naïf, proche de l’oral, une histoire où le ressort de l’action est un « Et si ? » lancé par un des personnages. C’est loufoque, parfois absurde, et ça ne se prend pas la tête. Au final, l’histoire amuse autant les enfants que les grands, qui peuvent voir dans ce voyage le tour du monde d’un Candide moderne.

Erlend Loe, Kurt et le poisson, La joie de lire, 2006, 9782882583435

Méchant petit prince, de Grégoire Solotareff

Méchant petit princeMéchant pour de vrai ou pour de rire ? – Il était une fois un petit prince que ses parents avaient surnommé « Méchant petit prince », sans comprendre qu’il était méchant pour de rire ! Enfermé, puni, il décide de s’évader jusqu’au bout du monde à la recherche d’une vie meilleure. Partout, il emporte son malheur avec lui… jusqu’à ce qu’il tombe sur une Méchante petite princesse, avec qui il se marie et a beaucoup d’enfants qui deviennent tous méchants… Pour de rire ! Un livre coloré, drôle et intelligent qui contient un hommage vibrant à Méliès.

Plein de couleurs vives, en aplat colorés sur une page colorée et unie, cet album fait l’éloge de l’espièglerie et de la taquinerie… Car quel enfant n’a jamais fait tourner ses parents en bourrique ? Et puis la colère, il faut apprendre à la transformer… en gaité ! Cet album souligne l’importance de l’éducation, puisque nul enfant n’est réellement… méchant.

Grégoire Solotareff, Méchant petit prince, Ecole des loisirs, 2013, 9782211215633

La pâtisserie Blyss, de Kathryn Littlewood

La pâtisserie de la famille Bliss cache un très vieux secret : un ancien livre de recettes magiques. Alors que leurs parents s’absentent quelques jours, Rose et ses frères et soeurs se retrouvent seuls à tenir la boutique. Qu’à cela ne tienne, c’est le moment rêvé pour tenter quelques recettes très spéciales ! Mais les muffins d’amour et les cookies de la vérité vont transformer la petite ville de Calamity Falls en véritable maison de fous… C’est le moment que choisit un étrange personnage pour faire son entrée : « Tante » Lily, aussi excentrique soit-elle, est là pour aider les enfants Bliss à tenir la boutique. À moins qu’elle ne cherche à s’emparer du Livre ?

La couverture présente un dessin assez enfantin, qui semble inviter à la gourmandise, et au mystère… En réalité de mystère, il n’y en a pas franchement. Ni la tante Lili, ni le Livre secret, ne semblent impénétrables au lecteur. On suit donc avec plus ou moins d’ennui les aventures alambiquées de la fratrie qui, en l’absence des parents, multiplient les bêtises et tentent de les réparer. La fin est attendue, et bien sûr, pousse le lecteur à se précipiter sur le tome 2… ce que je n’ai pas fait : décidément trop sucré !

Kathryn Littlewood, La pâtisserie Bliss, Pocket, 2013, 9782266221559

Chronique d’une mort annoncée, de Gabriel Garcia Marquez

Chronique d'une mort annoncée par Garcia MarquezLes frères Vicario ont annoncé leur intention meurtrière à tous ceux qu’ils ont rencontrés. Pourtant, Santiago Nasar sera poignardé. Pourquoi ce crime n’a-t-il pu être évité ? Pourquoi la volonté aveugle du destin s’est-elle accomplie ?

La spirale est lancée, en cercles concentriques, autour de sa victime. Tout le monde, personnages et lecteur compris, connaît la fin tragique de Santiago Nasar, dès la première ligne. Et pourtant, le suspens incroyablement orchestré par l’auteur tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière ligne. Mise à mort de génie, suspension du temps, décomposition de l’action à l’infini. La machine est en place et le lecteur est ferré. Coup de coeur !

Gabriel Garcia Marquez, Chronique d’une mort annoncée, LGF, 1988, 9782253043973