Kiki de Montparnasse, de Catel & Bocquet

Kiki de Montparnasse par BocquetLa vie incroyablement moderne de Kiki de Montparnasse, muse des surréalistes et reine de Paris pendant les années folles.

Belle, culottée, audacieuse, Kiki rencontre très vite de nombreux artistes d’avant-garde : Desnos, Picasso, Aragon, Cocteau… et bien sûr Man Ray, dont elle devient la muse et le grand amour. Une vie folle, délurée, mais qui va la détruire…

Catel & Bocquet, Kiki de Montparnasse, Casterman, 2007, 9782203396210

Mudwoman, de Joyce Carol Oates

Mudwoman par OatesAbandonnée par sa mère à demi-folle au milieu des marais de l’Adirondacks, Mudgirl, l’enfant de la boue, est sauvée on ne sait trop comment, puis adoptée par un brave couple de Quakers qui l’élèvera avec tendresse en s’efforçant toujours de la protéger des conséquences de son horrible histoire. Plus tard, devenue présidente d’une prestigieuse université, elle se sent soudain épuisée par la conception trop rigide qu’elle se fait de sa charge ; tourmentée, inquiète, elle est dépassée par des défis qui la rongent. Alors elle retourne sur les lieux de son enfance, dans une tentative désespérée de retrouver un peu d’équilibre…

Comment survivre à l’absence d’amour, au rejet le plus total ? Dans un thriller psychologique incroyablement maîtrisé, les chapitres consacrée à Mudgirl et Mudwoman alternent ; mud, c’est la boue en anglais. Toujours désignée ainsi en titre de chapitre, elle reste, malgré ses responsabilités, son prestige social, ses parents adoptifs aimants, elle reste malgré tout cela l’enfant de la boue. Une grande claque littéraire et l’une de mes meilleures lectures depuis longtemps !

Joyce Carole Oates, Mudwoman, Points, 2014, 9782757840630

L’échange des princesses, de Chantal Thomas

L'échange des princesses par ThomasEn 1721, Philippe d’Orléans est Régent de France. L’exercice du pouvoir est agréable, il y prend goût. Surgit alors dans sa tête une idée de génie : proposer à Philippe V d’Espagne un mariage entre Louis XV, âgé de onze ans, et la très jeune infante, Anna Maria Victoria, âgée de quatre ans – qui ne pourra donc enfanter qu’une décennie plus tard… Et il ne s’arrête pas là : il propose aussi de donner sa fille, Mlle de Montpensier, comme épouse au jeune prince des Asturies, futur héritier du trône d’Espagne, pour renforcer ses positions et consolider la fin du conflit avec le grand voisin.La réaction à Madrid est enthousiaste, et les choses se mettent vite en place. L’échange des princesses a lieu début 1722, en grande pompe, sur une petite île au milieu de la Bidassoa, la rivière qui fait office de frontière entre les deux royaumes. Tout pourrait aller pour le mieux. Mais rien ne marchera comme prévu…

Une écriture très juste et travaillée, au plus près de l’Histoire. Les princesses, à l’aube du siècle des Lumières, s’échangent comme des marchandises. Aucune considération pour leur âge, leur tempérament, encore moins pour leurs désirs. Un récit tendre et cruel qui se dévore comme un bon roman.

Chantal Thomas, L’Echange des princesses, Seuil, 2013, 9782021119152

La couleur des sentiments, de Kathryn Stockett

La couleur des sentiments par StockettJackson, Mississippi, 1962. Dans quelques mois, Martin Luther King marchera sur Washington pour défendre les droits civiques. Mais dans le Sud, toutes les familles blanches ont encore une bonne noire, qui a le droit de s’occuper des enfants mais pas celui d’utiliser les toilettes de la maison. Quand deux domestiques, aidées par une journaliste, décident de raconter leur vie au service des Blancs dans un livre, elles ne se doutent pas que la petite histoire s’apprête à rejoindre la grande, et que leur vie ne sera plus jamais la même.

Dans ce roman à trois voix, la Ségrégation raciale est vécue du côté des Noirs et du côté des Blancs. Les deux points de vie sont montrés de façon intelligente, sans manichéisme, sans fausse note. Le personnage d’Aibileen est particulièrement touchant : elle élève avec amour la fille d’une patronne blanche qui la méprise. Son plus grand espoir est que la petite Mae Mobley, une fois grande, n’ait pas dans le regard le même mépris que sa mère vis-à-vis d’elle. Les femmes, blanches et noires, sont en première ligne dans ce roman ; et il est bon qu’un auteur rappelle que ce sont les femmes aussi, par leurs comportements, leurs engagements, qui font l’Histoire.

Kathryn Stockett, La couleur des sentiments, Actes Sud, 2012, 9782330013073

Certaines n’avaient jamais vu la mer, de Julie Otsuka

Certaines n'avaient jamais vu la mer par OtsukaDe jeunes Japonaises quittent leur pays dans les années 1920, pour épouser aux Etats-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi. Des vies d’exilées, des mariages forcés qui seront autant de fiasco.

C’est un roman étrange et atypique, qui raconte une histoire commune en utilisant le pronom « nous ». C’est parfois déroutant mais cela donne un sentiment de collectif, de groupe, d’appartenance très puissant… Toutes ces jeunes femmes venant du Japon, et qui débarquent aux Etats-Unis, dans une culture très différente, et qui vont voir leurs attentes déçues, vont avoir des parcours très divers, mais ce roman réussit à les unir dans un destin commun, à nous faire effleurer l’universel dans ces vies d’exilées.

Julie Otsuka, Certaines n’avaient jamais vu la mer, Phébus, 2012, 9782752906700

Chinoises, de Xinran

Pendant huit années, de 1989 à 1997, Xinran, journaliste, a présenté une émission à la radio Chinoises par Xinranchinoise au cours de laquelle la parole était donnée aux femmes. Ces dernières y ont relaté leur vie sans tabou. Ces tranches de vie sont regroupées dans ce livre. De l’étudiante à la paysanne, de l’épouse de dirigeant du Parti aux chiffonnières (femmes pauvres qui ramassent les détritus), ces voix de femmes apportent un éclairage bouleversant sur les conditions de vie de la femme en Chine.

Ce livre n’est pas tout à fait un roman ; il présente les témoignages de femmes chinoises sur leur vie, les événements qui la jalonnent. La narratrice est une une femme, journaliste : c’est elle qui met en perspective tous ces récits. On en apprend beaucoup sur la vie quotidienne en Chine, de la Révolution culturelle aux années 1990.

Xinran, Chinoises, Picquier, 2005, 9782877307574

Mother India, de Manil Suri

Mother India par Suri1955, en Inde. Mîra, jeune femme émancipée, doit épouser Dev, et se retrouve plongée dans une famille hindouiste et conservatrice. Un choc culturel qui attise l’amour qu’elle porte à son fils…

Dans ce roman, on découvre de l’intérieur l’histoire indienne. Mais ce qui fait sa force tient au caractère de son héroïne, une jeune femme rêvant d’émancipation et de liberté, mariée jeune pour une amourette. Déchirée entre les attentes de son père et celles de son mari qu’elle n’est plus sûre d’aimer, Mira cherche sa place. Il est dommage que la deuxième partie soit consacrée aux relations exclusives entre Mira et son fils… mais cela n’atténue pas la richesse de ce roman.

Manil Suri, Mother India, LGF, 2011, 9782253160205

Mary Tempête, d’Alain Surget

Depuis sa plus tendre enfance, Mary est fascinée par la mer. Elle aimerait tant se laisser emporter Mary tempête : Le destin d'une femme pirate par Surgetau gré des vagues et du vent, partir à l’aventure ! Elle sait pourtant qu’il n’y a pas de place pour une fille sur un bateau. Mais Mary Read est prête à tout pour accomplir son rêve, même à se glisser dans la peau d’un garçon et défier les pirates les plus terribles…

Un beau moment de lecture auprès de Mary, qui devient pirate en bravant les interdits : beaucoup d’action et d’aventure.

Alain Surget, Mary Tempête, Flammarion, 2007, 9782081203549

Aya de Yopougon, de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie

Ouvrez Aya de Yopougon et oubliez tous vos préjugés sur l’Afrique !

Marguerite Abouet et Clément Oubrerie - Aya de Yopougon Tome 1 : .A Yopougoun, en Afrique, Côte d’Ivoire, on rit, on danse, on s’engueule, on pleure, on se réconcilie… Aya a 19 ans et veut faire des études pour devenir médecin. Ses copines, Bintou et Adjoua, ne pensent qu’à faire la fête…

Des personnages gais et pétillants, dans un album bourré d’humour. Le langage est spontané, vivant, chantant, et l’histoire est sympathique. Loin du misérabilisme dont on fait souvent preuve dès qu’il est question de l’Afrique, cet album montre que les adolescents de Côte d’Ivoire ont les mêmes préoccupations que ceux du monde entier… Une BD colorée et enjouée, première d’une série de 6 tomes. Bien sûr, dès que vous aurez fermé le premier, vous vous précipiterez pour lire la suite !

Le vrai + : les fameuses recettes à la fin du livre ! A testez absolument !

Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, Aya de Yopougon tome 1, Gallimard, 2008, 978207053117

Satin grenadine, de Marie Desplechin

Lucie est persuadée qu’au vingtième siècle, les demoiselles de la bonne bourgeoisie parisienne auront le droit de courir toutes nues, d’aller à la messe en cheveux, de parler à table et même, qui sait ? de s’instruire et de ne pas se marier. A quoi bon vieillir, sinon ? Le problème, c’est que nous ne sommes qu’en 1885 et qu’à treize ans, la seule éducation qu’une jeune fille comme Lucie est censée recevoir consiste à savoir tenir une maison pour devenir une épouse accomplie. Hygiène, lessive, cuisine : Lucie est envoyée faire son apprentissage avec Annette, Fanny et Marceline. Si ses parents savaient… Il se passe parfois des choses étranges, dans les communs des maisons bourgeoises. Les domestiques peuvent s’y révéler plus passionnants et subversifs que des livres. On y fait des révolutions en secret. On y organise des expéditions aux Halles au petit matin, ce Ventre de Paris peint par Monsieur Zola d’où sortiront bientôt tant d’idées neuves, socialisme, anarchisme, féminisme…Marie Desplechin - Satin grenadine.

Beaucoup de détails et une écriture très précise donnent à voir la condition des jeunes filles au 19e siècle, entre aspirations à la liberté et avenir d’épouse et de mère tout tracé… Un roman à mettre entre toutes les mains !

Marie Desplechin, Satin grenadine, L’école des loisirs, collection Médium, 2005, 9782211074193