L’Héritière (tome 1), de Mélinda Salisbury

Melinda Salisbury - L'héritière.Twylla, dix-sept ans, est une élue, l’incarnation de la fille du dieu de la vie et de la déesse de la mort. Depuis ses treize ans, elle vit dans le château de Lormere où, bien qu’elle soit promise au prince, elle ne participe pas comme les autres à la vie de la cour. Car Twylla est, en quelque sorte, le bourreau de la reine. Nourrie chaque mois d’un poison mortel contre lequel elle est immunisée, elle exécute les traîtres du royaume. Simplement en les touchant. Ce statut l’affige au plus haut point – et l’isole cruellement. Alors, quand son nouveau garde, Lief, charmant et rebelle, cherche à se rapprocher d’elle, Twylla se laisse aller aux confidences… et aux sentiments. Mais elle est fiancée au prince, auquel elle se sent liée, et redoute la cruauté de la reine…

Un roman fascinant et très abouti, que je recommande vivement. Poison, mensonges, assassinats, rancunes : tous les ingrédients d’une ambiance médiévale noire et cruelle sont réunis. L’univers créé par l’auteure est très fouillé ; je trouve très intéressant le personnage de la Mangeuse de péchés, qui dévore les fautes commises par les gens après leur décès, sous forme de différents plats. Les personnages sont très riches et travaillés, la méchante reine est ultra-crédible, et tout simplement odieuse. Twylla est très juste en héroïne naïve qui finit par se poser des questions, au coeur d’une intrigue captivante dont les noeuds se resserrent peu à peu, dans un suspens subtil. Bref, une réussite !

Mélinda Salisbury, L’Héritière, tome 1, Gallimard jeunesse, 2015, 978-2-07-066545-7

La passe-miroir, tomes 1 et 2, de Christelle Dabos

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

Voici donc la série qui fait sensation ! Et il y a de quoi, car c’est une série dense et inspirée que nous propose Christelle Dabos ; objets facétieux, cité flottante, illusions d’optiques et mirages sophistiqués, c’est tout un univers, complexe et cohérent, La passe-miroir, tome 2 : Les disparus du Clairdelune par Dabosque l’on découvre aux côté de la jeune Ophélie. Déroutant, captivant, ce monde nous apprend que les apparences sont trompeuses…

Ophélie est une héroïne sympathique mais loin d’être taillée pour le rôle. Maladroite, gauche, elle s’impose peu à peu et révèle son caractère bien trempé et sa volonté d’indépendance. Face à elle, l’énigmatique fiancé Thorn. Très vite il sait se faire détester d’Ophélie (et du lecteur !) et pourtant, au fil des chapitres, on le découvre complexe et torturé… C’est finalement leur relation à tous les deux qui est torturée, et qui intrigue le lecteur autant qu’elle l’exaspère !

De nombreux personnages secondaires peuplent les couloirs de la Citacielle : ils sont fouillés, travaillés et apportent une grande richesse au roman. Ils sont vraiment essentiels dans l’évolution d’Ophélie, qui traverse de nombreuses épreuves et passe peu à peu à l’âge adulte. Une série vraiment captivante, à suivre absolument puisqu’un tome 3 est en préparation…

Christelle Dabos, La Passe-miroir T.1: les fiancés de l’hiver, Gallimard jeunesse, 2013, 978-2070653768

Christelle Dabos, La Passe-miroir T.2: les disparus du Clairdelune, Gallimard jeunesse, 2015, 9782070661989

D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan

Une brillante histoire qui marque pour longtemps !

D'après une histoire vraie par ViganAprès avoir écrit un roman auto-biographique (Rien ne s’oppose à la nuit), Delphine de Vigan est frappée de voir que ses lecteurs sont happés par ce qu’il y a de réel dans ce roman. Un de ses lecteurs lui dit : « Nous, ce qui nous plaît dans votre livre, c’est l’accent de vérité. On le sent, on le reconnaît. L’accent de vérité, ça ne s’explique pas ».

C’est le point de départ de ce roman, intitulé « D’après une histoire vraie » : qu’est-ce qui est vrai dans ce texte ? qu’est-ce qui ne l’est pas ? Réalité et invention sont si étroitement entremêlés que Delphine de Vigan démontre, brillamment, le pouvoir et la force de la littérature. Dans ce roman la narratrice incarne l’auteur. Prénommée Delphine, auteur d’un roman autobiographique dont le succès la dépasse… d’autres éléments encore renforce cette identification forte entre l’auteur et le narrateur. Le contrat semble clair : Voilà une nouvelle partie de ma vie dévoilée, semble dire l’auteur.

Et pourtant… Dans un style fluide, volontairement décousu par moments, évoquant un témoignage, Delphine de Vigan nous embarque dans un récit psychologique haletant. Elle raconte avoir rencontré L., une femme de son âge qui devient rapidement son amie, au moment où elle se sent le plus désemparée par le succès de son dernier livre. L. est « nègre », elle écrit pour les autres et reste toujours dans l’ombre. Il existe un réel effet de miroir entre L. (elle ?) et la narratrice qui dit « je » (auteur à succès, rappelons-le, et alors en pleine lumière…). L. va assez vite prendre de l’ascendant sur Delphine, qui se trouve alors incapable d’écrire (« Qu’est-ce que je vais écrire après ça ? »). L. cherche à la convaincre de rester dans le réel, le vrai, alors que la narratrice veut revenir à la fiction.

Cette histoire d’emprise, d’isolement, de manipulation (avec des références très fortes à Misery de Stephen King) pose des questions de fond sur la littérature : est-ce à l’auteur de faire le choix entre le réel et l’imaginaire ? Ou au lecteur ? Les histoires que l’on se raconte, ne sont-elles pas réelles ? Qu’est-ce qui nous nourrit dans la littérature ? L’intertextualité, implicite ou explicite, est au centre de ce récit qui est pour moi, la preuve du rôle démiurgique concomittant de l’auteur et du lecteur. A quoi bon savoir ce qui est vrai ou non dans ce livre ? Ce qui est certain c’est qu’il m’a marquée pour longtemps.

Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie, Lattès, 2015, 978-2709648520

Silo, de Hugh Howey

Silo par HoweyDans un futur postapocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s’inscrire à une loterie. Mais les tickets de naissance des uns ne sont redistribués qu’en fonction de la mort des autres.
Les citoyens qui enfreignent la loi sont envoyés en dehors du silo pour y trouver la mort au contact d’un air toxique. Ces condamnés doivent, avant de mourir, nettoyer à l’aide d’un chiffon de laine les capteurs qui retransmettent des images de mauvaise qualité du monde extérieur sur un grand écran, à l’intérieur du silo.
Ces images rappellent aux survivants que ce monde est assassin. Mais certains commencent à penser que les dirigeants de cette société enfouie mentent sur ce qui se passe réellement dehors et doutent des raisons qui ont conduit ce monde à la ruine. Lire la suite

La vague, de Todd Strasser

La vague par StrasserPour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d’histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort : « la Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action ». En l’espace de quelques jours, l’atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire : avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader. Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration ?

Ce roman rappelle les leçons de la Seconde guerre mondiale : exercer toujours son esprit critique, rester vigilant à toute forme d’embrigadement… J’aurais cependant aimé que les mécanismes qui ont poussés les élèves à se joindre au groupe soient plus clairement montrés. Un livre simple et accessible.

Todd Strasser, La vague, Pocket, 2012, 9782266185691

Bonjour tristesse, de Françoise Sagan

Françoise Sagan - Bonjour tristesse.Cécile, 17 ans, vit avec son père une vie insouciante et oisive, où elle jouit d’une grande liberté. Mais l’amour vient la trouver, et surtout apparaît une femme fascinante, Anne, qui troublera les événements de façon décisive.

Une histoire légère mais prenante, une écriture fluide et juste : ce roman (un classique !) est à la fois accessible et fascinant.

Françoise Sagan, Bonjour tristesse, Pocket, 2009, 9782266195584