Quelques minutes après minuit, de Patrick Ness

Quelques minutes après minuit  par NessLe tout jeune Conor est en train de perdre sa mère, atteinte d’un cancer. Ils vivent encore tous les deux à la maison, aidés de temps à autre par la grand-mère de Conor, que le garçonnet apprécie peu. Le père est absent, remarié aux Etats-Unis. Conor supporte un jour après l’autre, maltraité à l’école par ses camarades le jour, attristé de l’état déclinant de sa mère le soir. Il fait un cauchemar qui le réveille en sueur, toujours le même. Et puis arrive l’Homme Vert, en fait l’if du jardin qui prend vie. Le monstre veut absolument raconter trois histoires à Conor, attendant que la quatrième sorte de la bouche de l’enfant. Conor a peur, n’y croit pas. Et puis bizarrement, il en vient à espérer éperdument que l’arbre va pouvoir sauver sa mère. Certes, un des traitements de la dernière chance est bien à base d’épines d’if, mais cette croyance va-t-elle suffire ?

La mère de Conor va mourir, et même si elle a peur de le lui dire, comment Conor peut-il l’ignorer ? Il est dans cet âge à la fois tendre et empli de raison où l’on croit que tout est possible… La science et la magie (n’est-ce pas la même chose ?) pourront certainement sauver sa mère. Les apparitions étranges de l’if, d’ailleurs pas si monstrueux que ça, laissent une large place au fantastique, aux contes, au pouvoir des histoires. Mais que peuvent les histoires face à la maladie ? Très peu, et tout, tout en même temps. C’est ce que va apprendre Conor dans ce roman lumineux, empreint de merveilleux, et qui fait écho au magnifique « Livre des choses perdues » de John Connolly.

Patrick Ness, Quelques minutes après minuit, Gallimard Jeunesse, 2011, 9782070642909

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Paloma et le vaste monde, de Véronique Ovaldé et Jeanne Detallante

Paloma et le vaste mondeElles étaient trois sœurs, qui habitaient à Camerone, rue du Capitole.
Paloma, la cadette, collectionnait les boules de neige de toutes les capitales, et rêvait de découvrir le vaste monde.
Mais aucun habitant de Camerone ne quittait jamais la ville.
Personne n’en avait même eu l’idée.

Un magnifique album pour grands enfants (et adultes), tout en contraste et subtilité. Le récit rythmé et imagé de Véronique Ovaldé s’accorde parfaitement aux illustrations d’une grande richesse, aux couleurs saturées et aux motifs floraux rappelant Frida Khalo. Une alternance de pages colorées et de pages monochromes souligne la dualité entre le deuil du père et la peur du monde d’une part, et les rêves et l’imaginaire de Paloma, d’autre part, qui aspire à s’envoler… Plusieurs doubles pages sans texte laissent l’image prendre le dessus dans le récit et emportent le lecteur dans un monde onirique, celui de Paloma. Une grande fantaisie s’en dégage, laissant le lecteur songeur…

Véronique Ovaldé, Jeanne Detallante, Paloma et le vaste monde, Actes sud junior, 2015, 978-2-330-05603-2

La légèreté, de Catherine Meurisse

Dessinatrice à Charlie Hebdo depuis plus de dix ans, Catherine Meurisse a vécu le 7 janvier 2015 comme une tragédie personnelle, dans laquelle elle a perdu des amis, des mentors, le goût de dessiner, la légèreté. Après la violence des faits, une nécessité lui est apparue : s’extirper du chaos et de l’aridité intellectuelle et esthétique qui ont suivi en cherchant leur opposé – la beauté. Afin de trouver l’apaisement, elle consigne les moments d’émotion vécus après l’attentat sur le chemin de l’océan, du Louvre ou de la Villa Médicis, à Rome, entre autres lieux de renaissance.

Catherine Meurisse est à la recherche de la légèreté après l’attentat qui a décimé Charlie Hebdo. Dans cette BD autobiographique, il est surtout question de fragilité : fragilité de la vie, fragilité des sentiments, fragilité du soi face à l’innommable. Son psy la dit « dissociée » : on la ressent fragmentée, sidérée. Pour faire face à l’effondrement, Catherine Meurisse recherche du concret, du solide : la mer, un arbre, un chemin lié à l’enfance… Des choses qui ne changent pas. Comme l’art, l’art antique, l’art intemporel, qui rend belle les choses les plus laides, qui sublime tout vécu humain. Une quête de la légèreté, donc, qui s’adosse à une très belle utilisation de la couleur et de la transparence, comme dans l’image de la couverture.

Catherine Meurisse, La légèreté, Dargaud, 2016, 9782205075667

Hugo de la nuit, de Bernard Santini

« L’oncle d’Hugo allait presser l’interrupteur de la lampe de chevet lorsque l’enfant le retint par la main. – Attends… J’avais encore une question à te poser… – Quoi donc ? sourit son oncle. – Je me demandais… Tu penses qu’un mort, ça peut se déterrer tout seul ? Son oncle écarquilla les yeux pour souligner l’absurdité de la question. – « L’enfer est vide. Tous les démons sont parmi nous », dit-il Hugo de la Nuit par Santinidans un souffle. – Qu’est-ce que ça veut dire ? – C’est du Shakespeare et cela signifie que les vivants sont plus à craindre que les morts. Hugo fronça les sourcils d’un air dubitatif. – Et sur ce constat d’épouvante, conclut Oscar dans un large sourire, je te souhaite de beaux rêves ! D’un clic, il éteignit la lampe de chevet. Hugo entendit ses pas s’éloigner dans le noir. La porte se referma sans bruit. Maintenant, la nuit pouvait commencer… »

La belle propriété où vit Hugo avec ses parents est menacée, depuis qu’on y a trouvé du pétrole. Heureusement, le père d’Hugo y découvre une fleur rarissime, quasi-introuvable : il n’y a plus qu’à faire classer la propriété, et la famille pourra enfin vivre en paix ! Mais une nuit, une terrible nuit, un assassin s’introduit dans la maison…

Et ce n’est que le début de ce court roman ; la suite est peuplée de zombies, fantômes, personnages hauts en couleur, sans oublier Hugo, l’enfant de la nuit. De rebondissements en surprises, Bernard Santini propose un conte fantastique et écologique, une réflexion sur la mort, le rêve et la réalité…

Si vous aimez ce roman, poursuivez avec la lecture de L’étrange vie de Nobody Owens, de Neil Gaiman.

Bernard Santini, Hugo de la nuit, Grasset, 2016, 9782246860253

La belle propriété où vit Hugo avec ses parents est menacée, depuis qu’on y a trouvé du pétrole. Heureusement, le père d’Hugo y découvre une fleur rarissime, quasi-introuvable : il n’y a plus qu’à faire classer la propriété, et la famille pourra enfin vivre en paix ! Mais une nuit, une terrible nuit, un assassin s’introduit dans la maison…

Et ce n’est que le début de ce court roman ; la suite est peuplée de zombies, fantômes, personnages hauts en couleur, sans oublier Hugo, l’enfant de la nuit. De rebondissements en surprises, Bernard Santini propose un conte fantastique et écologique, une réflexion sur la mort, le rêve et la réalité…

Si vous aimez ce roman, poursuivez avec la lecture de L’étrange vie de Nobody Owens, de Neil Gaiman.

Alisik (série), d’Hubertus Rufledt et Helge Vogt

Alisik, tome 1 : Automne par Rufledt« Je ne suis plus ! À vrai dire pas encore tout à fait, ce qui fait de moi une post-mortem, du moins c’est ce qu’affirme Mamie Orties ! ». Dans cette tétralogie venue d’outre-Rhin, Alisik découvre que le trépas n’a rien du sommeil éternel. Automne, Hiver, Printemps et Mort sont les 4 tomes de cette série.

Ce qui attire d’abord dans la série Alisik, c’est le graphisme et le livre lui-même. Dessin numérique, couleurs magnifiques dans un livre aux pages noires, l’ensemble est très esthétique. Pour le fond, c’est du gothique sauce Tim Burton. Alisik, tome 2 : Hiver par RufledtAlisik est morte, elle erre dans un cimetière avec de joyeux compagnons en attendant son jugement. Au final, c’est une gentille histoire d’amour, d’amitié et de fantômes. Les situations sont un peu naïves et attendues, mais… on se laisse prendre quand même, (grands) ados que nous sommes !

Hubertus Rufledt et Helge Vogt, Alisik, tome 1 : Automne, le Lombard, 2013, 9782803631075

Alisik, tome 3 : Printemps par RufledtHubertus Rufledt et Helge Vogt, Alisik, tome 2 : Hiver, le Lombard, 2014, 9782803632047

Hubertus Rufledt et Helge Vogt, Alisik, tome 3 : Printemps, le Lombard, Alisik, tome 4 : La Mort par Vogt2014, 978280363371X

Hubertus Rufledt et Helge Vogt, Alisik, tome 4 : la Mort, le Lombard, 2015, 9782803635208

Refuges, d’Annelise Heurtier

Refuges par HeurtierMila, une jeune italienne, revient sur l’île paradisiaque de son enfance, espérant y dissiper le mal-être qui l’assaille depuis un drame familial.
Très vite, d’autres voix se mêlent à la sienne. Huit voix venues de l’autre côté de la Méditerranée qui crient leur détresse, leur rage et la force de leurs espérances.

Un roman encensé par la critique, et c’est largement mérité. Oui un roman peut être à la fois littéraire et engagé ! Car ce roman est un plaidoyer pour l’ouverture aux autres, le respect de l’humain. Avec une force délicate et jamais larmoyante, Annelise Heurtier croise des voix d’adolescents ; celle de Mila, jeune italienne et fil rouge de ce roman, de retour sur l’île magique des vacances, Lampedusa, après la mort tragique de son petit frère, qui tâche de reprendre pied dans la vie, et de s’affranchir des pesanteurs du deuil familial.

Celles de huit adolescents érythréens, qui veulent fuir à tout prix Lire la suite

Salle des pas perdus, de Julia Billet

Salle des pas perdusIls ont souvent tout perdu, famille, travail, maison, raisons de vivre, ceux qui arpentent le hall de la gare de Lyon sans espérer partir nulle part. Ils ont tout perdu et ils n’attendent plus rien. Parmi eux, il y a la vieille, élégante dans sa misère, cheveux coiffés, habits bleus. Depuis trois ans qu’elle vit là, elle s’est reconstruit un univers dans la salle des pas perdus. Son Caddie, ses copains, ses petites manies et ses combines, son coin où dormir, tout est bien rôdé. Jusqu’au jour où la vieille aperçoit une toute jeune fille sur un banc, à l’heure du 19 h 48 pour Avignon. Elle est différente. Fragile. Au bout. Elle semble regarder quelque chose intensément, à l’intérieur d’elle-même. Puis elle se lève. Et la vieille reconnaît son pas. Un pas perdu.

Une vieille dame, SDF, qui vit dans la gare de Lyon. Elle observe souvent les gens, les voyageurs, gens pressés, qui se bousculent là tout près. Elle ne les envie pas, au contraire Lire la suite

L’ours et le chat sauvage, de Yumoto Kazumi et Komako Sakaï

Comment guérir d’une blessure ? Comment combler un vide ? Comment supporter une
absence ? Comment survivre à la mort d’un être cher ? L’ours croit qu’il n’y arrivera pas.
Qu’il restera inconsolable du départ de son ami le petit oiseau.
Il ne se sépare plus du cercueil qu’il lui a fabriqué.
Mais c’est en acceptant de passer par toutes les étapes de la souffrance et du deuil – révolte, souvenirs, chagrin, solitude…– qu’il va enfin reprendre goût à la vie, et faire de nouvelles rencontres.

Cet album parle d’un sujet difficile, la mort d’un être proche, et le fait sans fausse pudeur, avec des mots simples. Pas de complaisance, mais la fin de l’histoire invite à l’optimisme, à continuer le chemin, à nouer de nouveaux liens. Pour surmonter la perte, les mots, la formulation du chagrin est indispensable. La mise en mots et les images douces, cotonneuses de Komako Sakaï apportent de la poésie et une grande tendresse.

Yumoto Kazumi, Komako Sakaï, L’ours et le chat sauvage, Ecole des Loisirs, 2009, 9782211204057

Nos étoiles contraires, de John Green

Nos étoiles contrairesL’histoire de deux adolescents amoureux et tous deux atteints d’un cancer, c’est pas sensé être très drôle. Et pourtant l’auteur arrive à nous faire sourire (mais aussi pleurer, bien sûr). Ce roman non dénué d’humour n’élude pas le cancer et ses aspects les plus repoussants ; comme dans ce passage où Hazel vient secourir son amoureux au milieu de la nuit. Mais c’est fait sans pathos, et le ton décalé de la narratrice est d’une grande justesse. La construction du récit autour d’un roman et de son auteur hollandais est une riche idée et donne toute sa profondeur à l’histoire. C’est un livre qui fait pleurer, on l’aura compris, mais aussi réfléchir. C’est pas si courant…

John Green, Nos étoiles contraires, Nathan, 2012. 9782092443030

Mon coeur bouleversé, de Christophe Honoré

Léo, le frère de Marcel, est mort du sida il y a trois ans. Depuis, sa famille fait semblant de vivre. Marcel a quinze ans, et il ne sait pas comment faire pour remuer ses proches, les forcer à vivre. C’est sa mère qui va, à sa manière, lui apporter la solution. Une solution, radicale qui va tout changer.

Dans cette histoire de deuil, la mère de Marcel met tout par terre. Mais c’est Marcel qui, subtilement, en comprenant sa mère, en portant un regard neuf et ouvert sur la situation, passe de la douleur à l’acceptation, passe du deuil à la vie, de l’adolescence à l’âge adulte. Il porte en lui la promesse faite à Léo, de ne pas laisser sa famille baisser les bras. Très émouvant et servi par une belle écriture, ce roman a été un des tout premiers romans pour la jeunesse à aborder l’homosexualité.

Christophe Honoré, Mon coeur bouleversé, Ecole des loisirs, Médium, 1999. 9782211051750