Billy Brouillard, le don de trouble vue, de Guillaume Bianco

Billy Brouillard, Tome 1 : Le don de trouble vue par BiancoDans la magnifique collection Métamorphoses voici les aventures morbides mais lumineuses d’un petit garçon, Billy Brouillard, qui voit mieux avec ses lunettes. Dit-il. En fait, il voit surtout d’autres choses, des choses qui n’existent pas, comme d’étranges petites filles plus ou moins mortes, plus ou moins sanguinolentes. La seule petite fille de cet album qui n’est pas morte, c’est Jeanne, la sœur de Billy… malheureusement il ne la supporte pas (mais il l’aime beaucoup). Alors voilà, le chat de Billy, Tarzan, est mort. Et Billy est désemparé et triste, il veut retrouver Tarzan, où est-il allé après sa mort ? Qui pourra répondre à ses questions ?

Esthétique rétro et travaillée, planches documentaires alternant avec le récit, questionnement incessant de l’enfant devant l’absurdité de l’existence : voici un objet littéraire très dense et riche et aussi… très surprenant. Ça déborde d’imagination, le graphisme n’étant pas en reste, et le lecteur jubile à chaque page. J’éviterais toutefois de le mettre entre les mains d’un enfant impressionnable…

Guillaume Bianco, Billy Brouillard, le don de trouble vue, Soleil, coll. Métamorphoses, 2008, 230200390X

Le voile noir, d’Anny Duperey

Le voile noir par Duperey« J’avais pensé, logiquement, dédier ces pages à la mémoire de mes parents – de mon père, surtout, l’auteur de la plupart des photos, qui sont la base et la raison d’être de ce livre. Curieusement, je n’en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse. Je n’ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés. Sans doute parce que obscurément je leur en veux d’avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l’excuse de la maladie, sans même l’avoir voulu, quasiment par inadvertance. C’est impardonnable.Mon père fit ces photos. Je les trouve belles. Il avait, je crois, beaucoup de talent. J’avais depuis des années l’envie de les montrer. Parallèlement, montait en moi la sourde envie d’écrire, sans avoir recours au masque de la fiction, sur mon enfance coupée en deux. Ces deux envies se sont tout naturellement rejointes et justifiées l’une l’autre.Ces photos sont beaucoup plus pour moi que de belles images, elles me tiennent lieu de mémoire. J’ai le sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort – il ne me reste rien d’avant, d’eux, que ces images en noir et blanc. »

Autrefois on ne savait pas comment parler aux enfants de la souffrance, du malheur, des larmes. Alors on n’en parlait pas… Un voile pudique recouvrait tout et le chagrin se taisait. Dans ces conditions, comment faire son deuil quand on est une fillette ? Comment grandir avec ce manque ? Ce livre très intime, très personnel, n’est pas un roman. C’est le récit d’une perte, et d’une reconstruction. Car écrire même permet de creuser la mémoire, pour retrouver le souvenir des parents disparus.Autrefois on ne savait pas comment parler aux enfants de la souffrance, du malheur, des larmes. Alors on n’en parlait pas… Un voile pudique recouvrait tout et le chagrin se taisait. Dans ces conditions, comment faire son deuil quand on est une fillette ? Comment grandir avec ce manque ? Ce livre très intime, très personnel, n’est pas un roman. C’est le récit d’une perte, et d’une reconstruction. Car écrire même permet de creuser la mémoire, pour retrouver le souvenir des parents disparus.

Anny Duperey, Le voile noir, Seuil, 2006, 9782021077735

Rêve d’amour, de Laurence Tardieu

Rêve d'amour par TardieuAlice, une jeune traductrice de 30 ans qui a perdu sa mère Blandine quand elle avait 5 ans, traque des souvenirs qui lui manquent tant, auprès d’un père silencieux, meurtri qui a fait disparaître toutes les traces, les photos et les toiles que peignait sa femme, laissant sa fille impuissante à habiller seule, jour après jour, le fantôme de sa mère, lui inventer un visage, une voix. C’est donc une fille pleine de questions sans réponses, perdue, blottie dans le ‘creux’ de cette absence, errant dans sa vie à la recherche d’une ombre.

Une langue précise, très proche du ressenti, pour évoquer le deuil. Comment faire le deuil d’une mère que l’on n’a pas connue, ou si peu ? Ce roman est délicat, émouvant, à la sensibilité parfois exacerbée.

Laurence Tardieu, Rêve d’amour, Stock, 2008, 9782234060456

Son frère, de Philippe Besson

Thomas meurt. C’est ici, dans la maison de Saint-Clément, la maison de l’enfance, qu’il choisit d’attendre de mourir. Je suis auprès de lui. J’ignorais qu’on pouvait mourir en été. Je croyais que la mort survenait en hiver, qu’il lui fallait le froid, la grisaille, une sorte de désolation. Je découvre qu’elle peut tout aussi bien exercer sa besogne en plein soleil, en pleine lumière.Son frère. de Philippe Besson

Un style très juste et précis, et non pas un déballage complaisant de sentiments. Voilà ce qui fait la force de ce roman, construit comme une sorte de mémoire, rédigé après coup, pour retenir les souvenirs au fur et à mesure qu’ils viennent. C’est douloureux et c’est beau, bouleversant, pudique.

Philippe Besson, Son frère, Julliard, 2001, 9782260015864

Trois ombres, de Cyril Pedrosa

Trois ombres. de Cyril PedrosaReclus du monde et de ses malheurs, Joachim et ses parents vivent en paix, jusqu’à ce que l’ombre de trois mystérieux cavaliers ne vienne perturber leur tranquillité. Dès lors, leur destin est bouleversé, et il ne leur reste plus qu’à fuir ou se soumettre…

Le graphisme en noir et blanc, simple et épuré, donne une ambiance parfois claire et lumineuse, parfois fantastique et sombre. Et tout en délicatesse, ce roman graphique aborde un sujet douloureux et sensible, celui de la crainte de la perte d’un enfant. C’est un bel hommage à l’amour d’un père.

Cyril Pedrosa, Trois ombres, Delcourt, collection Shampooing, 2007, 9782756004709

Le message, d’Andrée Chédid

Dans un pays en guerre, une jeune femme, Marie est blessée par une balle. Malgré la douleur, elle ne pense qu’à une chose : rejoindre Steph, qui habite de l’autre côté de la ville. Elle veut lui avouer son amour. Mais, le sang coule de sa blessure. Durant son agonie, elle revoit les jours de son passé…

« Je cherche la beauté de l’amour sous les désastres », a dit Andrée Chédid. Quoi de plus fort que l’amour ? Qu’est-ce qui peut l’empêcher ? L’amour est un pari sur la vie, sur demain, malgré les brouilles, les disputes, les réconciliations. Marie avance dans les rues de la ville. Le sang coule de sa blessure. Sous le soleil de plomb, rien ne l’arrêtera. Il faut que Steph ait son message. Une belle démonstration de l’absurdité de la guerre.

Andrée Chédid, Le message, Flammarion, 2000, 9782080680464

Le cahier rouge, de Claire Mazard

Claire Mazard - Le cahier rouge.Ugo découvre le journal intime de son frère, David, décédé deux ans plus tôt dans un accident de voiture. A la lecture de ce cahier rouge, il découvre un frère qu’il ne connaissait pas, un inconnu.

« Le Cahier rouge » est un livre émouvant. Très bref, il repose sur une succession de petites scènes, souvent anodines, s’il n’y avait le poids du deuil et cette montée de colère qui croît jusqu’à la révélation finale.

Claire Mazard, Le cahier rouge, Syros, collection Les uns et les autres, 2000, 9782841468492