Le prince tigre, de Jiang Hong Chen

Dans la forêt, la tigresse pleure la mort de ses petits tués par des chasseurs. Un soir, elle attaque le village, dévore les hommes et les bêtes mais cela n’apaise en rien sa colère. Le pays est plongé dans la terreur. Le roi consulte la vieille Lao Lao qui lui explique que le seul moyen de la calmer est de lui donner son fils unique, Wen et qu’il ne lui arrivera aucun mal.

De superbes illustrations à l’encre de Chine, très colorées, pour ce récit aux allures de conte traditionnel. Les différents plans adoptés, l’agencement des illustrations sur la double page donne à ce récit une grande modernité. Ce conte, lu et relu par les enfants, parle de l’amour maternel, du lien, de la forêt.

Jiang Hong Chen, Le prince tigre, Ecole des loisirs, 2007, 978-2-211-08663-9

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Attends, petit Eléphant !, de Jeanne Ashbé

Attends, petit éléphant !Tout vient à point à qui sait attendre. Grand éléphant appelle Petit éléphant pour manger. Mais Petit éléphant a bien mieux à faire : jouer, lire, travailler… « Ce n’est pas grave, dit Grand éléphant, nous mangerons pour ton goûter ! ». Alors là, Petit éléphant court très, très vite. Parce que l’heure du goûter, c’est l’heure du goûter !

Chaque élément de l’histoire permet de voir les occupations de chacun : celles de Petit Eléphant, celles de Grand Eléphant. Des illustrations d’une grande simplicité qui utilisent les aplats de couleur pour donner une ambiance, un sentiment… L’illustration est claire et tout fait sens dans ce livre qui apporte beaucoup aux petits enfants, et aux parents !

Jeanne Ashbé, Attends, petit Eléphant !, Ecole des loisirs, 2013, 978-2-211-21187-1

Mon coeur bouleversé, de Christophe Honoré

Léo, le frère de Marcel, est mort du sida il y a trois ans. Depuis, sa famille fait semblant de vivre. Marcel a quinze ans, et il ne sait pas comment faire pour remuer ses proches, les forcer à vivre. C’est sa mère qui va, à sa manière, lui apporter la solution. Une solution, radicale qui va tout changer.

Dans cette histoire de deuil, la mère de Marcel met tout par terre. Mais c’est Marcel qui, subtilement, en comprenant sa mère, en portant un regard neuf et ouvert sur la situation, passe de la douleur à l’acceptation, passe du deuil à la vie, de l’adolescence à l’âge adulte. Il porte en lui la promesse faite à Léo, de ne pas laisser sa famille baisser les bras. Très émouvant et servi par une belle écriture, ce roman a été un des tout premiers romans pour la jeunesse à aborder l’homosexualité.

Christophe Honoré, Mon coeur bouleversé, Ecole des loisirs, Médium, 1999. 9782211051750

Méchant petit prince, de Grégoire Solotareff

Méchant petit princeMéchant pour de vrai ou pour de rire ? – Il était une fois un petit prince que ses parents avaient surnommé « Méchant petit prince », sans comprendre qu’il était méchant pour de rire ! Enfermé, puni, il décide de s’évader jusqu’au bout du monde à la recherche d’une vie meilleure. Partout, il emporte son malheur avec lui… jusqu’à ce qu’il tombe sur une Méchante petite princesse, avec qui il se marie et a beaucoup d’enfants qui deviennent tous méchants… Pour de rire ! Un livre coloré, drôle et intelligent qui contient un hommage vibrant à Méliès.

Plein de couleurs vives, en aplat colorés sur une page colorée et unie, cet album fait l’éloge de l’espièglerie et de la taquinerie… Car quel enfant n’a jamais fait tourner ses parents en bourrique ? Et puis la colère, il faut apprendre à la transformer… en gaité ! Cet album souligne l’importance de l’éducation, puisque nul enfant n’est réellement… méchant.

Grégoire Solotareff, Méchant petit prince, Ecole des loisirs, 2013, 9782211215633

Orphans project, tome 1 : double disparition, de Claire Gratias

Peu après s’être disputé avec ses parents, Marin, 17 ans, reçoit ce SMS sur son Orphans, tome 1 : Double disparition par Gratiassmartphone : « Il y a des jours où tu rêverais d’être orphelin ? Tu ne supportes plus tes parents ? Deviens acteur de ta vie. Rejoins-nous sur http://www.project.orphans.com. » Puis il se volatilise…

Les personnages sont bien travaillés mais l’histoire mériterait d’être davantage approfondie… Deux mondes parallèles dans un récit à la fois policier et fantastique, qui plus est dans un cadre géographique précis, La Rochelle, voilà tout de même de quoi éveiller la curiosité !

Claire Gratias, Orphans project, tome 1 : double disparition, Rageot, 2013, 978-2700242696

Mon papa et moi, de Tadao Miyamoto

Mon papa et moiAu cours d’une partie de pêche, Petit-Ours demande à son papa s’il est bien sûr qu’il est vraiment son papa. Alors celui-ci lui raconte des anecdotes de son enfance, et comment il a été présent à ces moments-là. Mais Petit-Ours finira par être convaincu surtout par le moment présent qu’il passe avec… son papa !
Un joli trait pour ce petit album qui pose une des questions essentielles de l’enfant : d’où je viens ? Assurément, ce qui fait la filiation, c’est le temps passé ensemble. Petit-Ours ne s’en laisse pas conter et demande, inlassablement, des preuves. Ou peut-être qu’il raffole simplement « des histoires de quand il était petit », comme un autre Petit-Ours (celui de Maurice Sendak) ? Toujours est-il que son papa le connaît bien, son Petit-Ours. Comme Petit-Ours connaît bien son papa. Espiègle et tendre, cet album se lit et se relit, pelotonné contre son papa !

Tadao Miyamoto, Mon papa et moi, Mango éditions, 1995, 9782740404670

Très très fort, de Trish Cooke

Petit Homme attend avec sa maman. Les invités arrivent un par un, d’abord tante Béa, puis l’oncle Tony, les cousins, les mamies… Tous sont si contents de voir Petit Homme, et ils le serrent très très fort ! Le dernier coup de sonnette : c’est papa ! Tout le monde est là pour fêter son anniversaire, et Petit Homme danse et s’amuse au milieu de sa famille. Mais c’est bientôt l’heure d’aller au lit…

Ce petit album basé sur la répétition de formules simples est une célébration de l’amour qui unit ce petit bonhomme et ses proches… Car si c’est l’anniversaire de papa, c’est bien Petit Homme qui est au centre de l’attention de tous. La musique, la danse, les couleurs, le texte : tout fait de cet album une fête, une déclaration d’amour à lire et à relire.

Trish Cooke, Très très fort, Père Castor Flammarion, 2005, 2-08-161027-2

Le chant de l’innocent, d’Irène Cohen-Janca

Dans les années 1950, Rémi vit avec ses parents dans un immeuble bourgeois. Il supporte Le chant de l'innocent par Cohen-Jancamal leur univers étriqué et mesquin. Il se lie d’amitié avec Pierre, qui vient d’arriver de Marseille, chez qui règne un désordre bohème et dont les parents sont plus permissifs. Il ne voit pas la tristesse de la mère de Pierre, ni les absences prolongées du père. Mais un jour, une voisine lui ouvre les yeux…

Irène Cohen-Janca met le doigt sur un point noir de l’histoire contemporaine : un certain nombre de Français ont dénoncé des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. La génération suivante, celle de Rémi, a dû faire face à ce fait : le cerner, le comprendre, l’intégrer, le digérer. Ce court roman rend compte de ce processus et des obstacles rencontrés par Rémi. Sa détermination à connaître la vérité le mène à se détacher de ses parents, à devenir plus adulte.

Irène Cohen-Janca, Le chant de l’innocent, Rouergue, DoAdo, 2008, 9782841569212

Le voile noir, d’Anny Duperey

Le voile noir par Duperey« J’avais pensé, logiquement, dédier ces pages à la mémoire de mes parents – de mon père, surtout, l’auteur de la plupart des photos, qui sont la base et la raison d’être de ce livre. Curieusement, je n’en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse. Je n’ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés. Sans doute parce que obscurément je leur en veux d’avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l’excuse de la maladie, sans même l’avoir voulu, quasiment par inadvertance. C’est impardonnable.Mon père fit ces photos. Je les trouve belles. Il avait, je crois, beaucoup de talent. J’avais depuis des années l’envie de les montrer. Parallèlement, montait en moi la sourde envie d’écrire, sans avoir recours au masque de la fiction, sur mon enfance coupée en deux. Ces deux envies se sont tout naturellement rejointes et justifiées l’une l’autre.Ces photos sont beaucoup plus pour moi que de belles images, elles me tiennent lieu de mémoire. J’ai le sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort – il ne me reste rien d’avant, d’eux, que ces images en noir et blanc. »

Autrefois on ne savait pas comment parler aux enfants de la souffrance, du malheur, des larmes. Alors on n’en parlait pas… Un voile pudique recouvrait tout et le chagrin se taisait. Dans ces conditions, comment faire son deuil quand on est une fillette ? Comment grandir avec ce manque ? Ce livre très intime, très personnel, n’est pas un roman. C’est le récit d’une perte, et d’une reconstruction. Car écrire même permet de creuser la mémoire, pour retrouver le souvenir des parents disparus.Autrefois on ne savait pas comment parler aux enfants de la souffrance, du malheur, des larmes. Alors on n’en parlait pas… Un voile pudique recouvrait tout et le chagrin se taisait. Dans ces conditions, comment faire son deuil quand on est une fillette ? Comment grandir avec ce manque ? Ce livre très intime, très personnel, n’est pas un roman. C’est le récit d’une perte, et d’une reconstruction. Car écrire même permet de creuser la mémoire, pour retrouver le souvenir des parents disparus.

Anny Duperey, Le voile noir, Seuil, 2006, 9782021077735

Esprit d’hiver, de Laura Kasischke

Esprit d'hiver par KasischkeRéveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d’angoisse inexplicable. Rien n’est plus comme avant. Le blizzard s’est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant…

Ce devait être un Noël comme les autres mais dès qu’elle se réveille ce matin-là, Holly sent que quelque chose ne va pas. Pourquoi Tatiana, sa fille de 15 ans, n’est pas venu la réveiller pour ouvrir ses cadeaux ? Et puis ce sentiment étrange que « quelque chose est revenu de Russie avec eux ». Car Tatiana, cette magnifique jeune fille aux cheveux si noirs et à la peau bleutée, a été adoptée en Sibérie des années plus tôt. Imperceptiblement, la tension monte. Tatiana se montre acerbe, désagréable, et Holly ne parvient pas à se mettre à préparer le déjeuner de ses invités, qui devraient bientôt arriver. Dans ce huis clos magistral, les heures s’égrènent comme les souvenirs de Holly, comme autant de distorsions de la réalité. L’angoisse puis l’épouvante gagnent le lecteur, jusqu’à la dernière page…

Laura Kasischke, Esprit d’hiver, Christian Bourgeois, 2013, 9782267025248