Deuxième génération, de Michel Kichka

Deuxième génération par KichkaRécit d’une enfance : à 20 ans, le père du narrateur est revenu des camps de concentration. Il a eu des enfants. Et un vécu se pesant que ses enfants n’ont eu de cesse de vouloir d’en émanciper. Comment vit-on son enfance, sa jeunesse, à l’ombre de la Shoah ?

C’est une histoire intime, poignante, l’histoire d’une émancipation ; car comment se libérer du poids de la Shoah quand son ombre a terni votre enfance ? A la fois récit et documentaire historique, ce roman graphique est juste et touchant.

Michel Kichka, Deuxième génération, Dargaud, 2012, 9782205068504

Rêve d’amour, de Laurence Tardieu

Rêve d'amour par TardieuAlice, une jeune traductrice de 30 ans qui a perdu sa mère Blandine quand elle avait 5 ans, traque des souvenirs qui lui manquent tant, auprès d’un père silencieux, meurtri qui a fait disparaître toutes les traces, les photos et les toiles que peignait sa femme, laissant sa fille impuissante à habiller seule, jour après jour, le fantôme de sa mère, lui inventer un visage, une voix. C’est donc une fille pleine de questions sans réponses, perdue, blottie dans le ‘creux’ de cette absence, errant dans sa vie à la recherche d’une ombre.

Une langue précise, très proche du ressenti, pour évoquer le deuil. Comment faire le deuil d’une mère que l’on n’a pas connue, ou si peu ? Ce roman est délicat, émouvant, à la sensibilité parfois exacerbée.

Laurence Tardieu, Rêve d’amour, Stock, 2008, 9782234060456

Le mal dans la peau, de Brigitte Peskine

Le mal dans la peau par PeskineRichard a  » le mal dans la peau « . Ce sont les mots terribles de sa mère qui refuse de vivre plus longtemps avec lui : à 16 ans, Richard est placé en garde à vue pour recel de drogue… L’adolescent s’enfonce alors dans un engrenage qui le conduit du foyer à la prison… Est-ce qu’il est réellement destiné à être un éternel délinquant ?

Un roman à deux voix, celle de Richard et celle de son éducatrice, Fabienne. Les luttes, les doutes, les larmes et les victoires, pour que Richard s’en sorte. Un récit juste et touchant.

Brigitte Peskine, Le mal dans la peau, Hachette, 2000, 9782013217309

Mother India, de Manil Suri

Mother India par Suri1955, en Inde. Mîra, jeune femme émancipée, doit épouser Dev, et se retrouve plongée dans une famille hindouiste et conservatrice. Un choc culturel qui attise l’amour qu’elle porte à son fils…

Dans ce roman, on découvre de l’intérieur l’histoire indienne. Mais ce qui fait sa force tient au caractère de son héroïne, une jeune femme rêvant d’émancipation et de liberté, mariée jeune pour une amourette. Déchirée entre les attentes de son père et celles de son mari qu’elle n’est plus sûre d’aimer, Mira cherche sa place. Il est dommage que la deuxième partie soit consacrée aux relations exclusives entre Mira et son fils… mais cela n’atténue pas la richesse de ce roman.

Manil Suri, Mother India, LGF, 2011, 9782253160205

Maus, un survivant raconte, d’Art Spiegelmann

Art Spiegelman - Maus - Un survivant raconte.Maus raconte la vie de Vladek Spiegelman, rescapé juif des camps nazis, et de son fils, auteur de bandes dessinées, qui cherche un terrain de réconciliation avec son père, sa terrifiante histoire et l’Histoire.

Le lecteur est plongé au plus près du vécu quotidien des populations subissant humiliations, pogroms, déportations, puis libération des camps. Ce vécu, c’est celui du père du narrateur. Mais lui-même n’a rien subit de tout cela : il est né après la Seconde guerre mondiale. Il se sent étranger à cette tragédie, coupable d’être privilégié. Son père d’ailleurs le culpabilise sans cesse, rappelant en toutes occasions son statut de victime, et portant aux nues Richeu, le frère aîné mort en camp de concentration. Avec ses récits enchâssés, ce magnifique roman graphique met en scène l’auteur-narrateur s’interrogeant face à son propre rôle, à son oeuvre, à sa place dans cette histoire et dans l’Histoire. Le fait que les personnages soient incarnés par des animaux n’enlève rien ; c’est un subterfuge bien connu des auteurs pour les enfants, qui permet de distancier le sujet mais aussi d’impliquer davantage le lecteur. C’est un chef-d’oeuvre remarquable, une lecture à ne pas manquer.

Prix Pulitzer en 1992.

Art Spiegelmann, Maus, un survivant raconte, Flammarion, 1998, 2080675346

Seul sur la mer immense, de Michaël Morpurgo

Michael Morpurgo - Seul sur la mer immense.En 1947, Arthur, un orphelin âgé de 5 ans, est embarqué sur un bateau en direction de l’Australie. Il ne reverra ni sa terre natale, ni sa soeur. Sa vie se fera en Australie, jalonnée d’épreuves et de rencontres. Bien des années plus tard, Allie, sa fille, quitte l’Australie à bord de son bateau. Elle espère rejoindre en solitaire l’Angleterre pour y retrouver Kitty, la soeur de son père.

Une écriture belle, simple, sensible, au service d’un conte qui nous emmène à l’autre bout du monde… et au bout de soi : car c’est aussi un magnifique roman d’apprentissage à deux voix, celle d’Arthur et celle d’Allie sa fille. Dans un mouvement de balancier, Angleterre – Australie – Angleterre, se dessine le destin d’un homme, puis d’une famille. Ce roman parle d’exil, de déracinement, mais aussi de liens et de transmission. A découvrir absolument.

Michaël Morpurgo, Seul sur la mer immense, Gallimard jeunesse, 2008, 9782070610754

Dans sa peau, de Benoît Broyart

Benoît Broyart - Dans sa peau.Dans un coin de campagne reculé, un jeune garçon s’enfuit de chez lui, loin de ses parents malades de l’alcool. Un routier le dépose dans les Vosges. Il trouve refuge dans une maison abandonnée, au coeur de la forêt de sapins. Il y découvre par des photographies la vie des habitants de cette maison, qui, petit à petit, va se fondre dans la peau du jeune garçon. Jusqu’au jour où un étrange papy débarque dans sa vie…

Un roman court et percutant. Dans ce huis-clos, angoisse et détresse sont au rendez-vous

Benoît Broyart, Dans sa peau, Thierry Magnier, 2008, 9782844206848

Une fille comme ça, de Sara Zarr

Depuis 4 ans, Deanna porte la réputation de fille facile aux yeux de tous, y compris de son père. Humiliée, niée dans son identité, réduite à un faux-pas, Deanna se demande comment sortir de Sara Zarr - Une fille comme ça.cette impasse et retrouver sa dignité. Avec la volonté de celle qui n’a plus rien à perdre, Deanna prend sa vie en main. Mettant des mots sur ses maux, Deanna s’approprie sa vie, et force le respect, même celui de son père.

Une évocation pudique et toute en subtilité des relations familiales, sans jugement : un père qui ne peut pas regarder sa fille en face, un frère qui ne trouve pas sa place… Deanna, ni dévergondée ni libérée, est présentée seulement comme une jeune femme en devenir. Ce beau roman d’apprentissage montre que l’on peut s’en sortir, même si le chemin est parfois tortueux.

Sara Zarr, Une fille comme ça, Thierry Magnier, 2008, 9782844206671

Chaque chose, de Julien Neel

Ça commence par un homme qui va rendre visite à son père malade. Les souvenirs remontent, comme un certain été où son père, magicien, vivant de petits boulots, accepte d’endosser le rôle d’un super-héros de publicité ! Il embarque son fils pour des vacances inattendues. Julien est entraîné dans une drôle d’équipée de gens ordinaires, pour un été inoubliable.Julien Neel - Chaque chose.

Confronté à la maladie de son père, affaibli et diminué, le narrateur voit remonter ses souvenirs d’enfance… Ces allers et retours entre l’enfance et l’âge adulte, menés d’une main de maître, montrent des liens ténus mais solides. On ne peut qu’être touché par cette relation entre un fils et son père bourru, drôle, maladroit, tendre à sa manière… Aujourd’hui, le fils devenu père à son tour ne peut dire à son propre père toute la tendresse qu’il lui voue… « Chaque chose… », c’est l’indicible sentiment qui unit ces deux-là. Une merveille.

Julien Neel, Chaque chose, Gallimard, collection Bayou, 2006, 9782070572977

Trois ombres, de Cyril Pedrosa

Trois ombres. de Cyril PedrosaReclus du monde et de ses malheurs, Joachim et ses parents vivent en paix, jusqu’à ce que l’ombre de trois mystérieux cavaliers ne vienne perturber leur tranquillité. Dès lors, leur destin est bouleversé, et il ne leur reste plus qu’à fuir ou se soumettre…

Le graphisme en noir et blanc, simple et épuré, donne une ambiance parfois claire et lumineuse, parfois fantastique et sombre. Et tout en délicatesse, ce roman graphique aborde un sujet douloureux et sensible, celui de la crainte de la perte d’un enfant. C’est un bel hommage à l’amour d’un père.

Cyril Pedrosa, Trois ombres, Delcourt, collection Shampooing, 2007, 9782756004709