Le château des Bois-Noirs, de Roger Margerit

Hélène vient d’épouser Gustave, un homme taciturne dont elle sait peu des choses et qui l’emmène dans un terrifiant château. Tout à coup, Gustave se révèle obscur, sauvage, inquiétant. Seul, Fabien, le beau-frère de la jeune femme, essaie de la protéger…

Les paysages, la forêt d’Auvergne sont très présents dans ce roman ; Gustave passe des journées entières à errer en pleine nature, néglige sa femme, soutient sa mère contre elle… Peu à peu s’installe dans le château une ambiance de terreur et d’ennui, et insidieusement, délicatement même, le suspense accroche le lecteur…

Roger Margerit, Le château des Bois-Noirs, Phébus, 1991, 9782266040808

Son frère, de Philippe Besson

Thomas meurt. C’est ici, dans la maison de Saint-Clément, la maison de l’enfance, qu’il choisit d’attendre de mourir. Je suis auprès de lui. J’ignorais qu’on pouvait mourir en été. Je croyais que la mort survenait en hiver, qu’il lui fallait le froid, la grisaille, une sorte de désolation. Je découvre qu’elle peut tout aussi bien exercer sa besogne en plein soleil, en pleine lumière.Son frère. de Philippe Besson

Un style très juste et précis, et non pas un déballage complaisant de sentiments. Voilà ce qui fait la force de ce roman, construit comme une sorte de mémoire, rédigé après coup, pour retenir les souvenirs au fur et à mesure qu’ils viennent. C’est douloureux et c’est beau, bouleversant, pudique.

Philippe Besson, Son frère, Julliard, 2001, 9782260015864

Un traître, de Dominique Jamet

Un traître. de Dominique JametJean Deleau, jeune étudiant, est doué pour les langues, particulièrement l’allemand. Quand en 1940, sa ville devient le siège de l’administration allemande, le maire le sollicite pour traduire les échanges entre la municipalité et la Kommandantur. Et voilà comment un citoyen français bascule du côté de la collaboration…

Jean Deleau est un jeune homme bien élevé, quelconque, insipide. Et voilà que, par désoeuvrement, pour faire plaisir à sa mère, parce qu’il connaît l’allemand, il s’engage, par glissements progressifs, dans la collaboration avec le nazisme. Ce livre est très documenté, très précis, et pourtant, il se lit comment un roman. Et le lecteur assiste, effaré, à la transformation du gentil jeune homme en bourreau cruel et calculateur… Franchement glaçant.

Dominique Jamet, Un traître, Flammarion, 2008, 9782080687050

Le message, d’Andrée Chédid

Dans un pays en guerre, une jeune femme, Marie est blessée par une balle. Malgré la douleur, elle ne pense qu’à une chose : rejoindre Steph, qui habite de l’autre côté de la ville. Elle veut lui avouer son amour. Mais, le sang coule de sa blessure. Durant son agonie, elle revoit les jours de son passé…

« Je cherche la beauté de l’amour sous les désastres », a dit Andrée Chédid. Quoi de plus fort que l’amour ? Qu’est-ce qui peut l’empêcher ? L’amour est un pari sur la vie, sur demain, malgré les brouilles, les disputes, les réconciliations. Marie avance dans les rues de la ville. Le sang coule de sa blessure. Sous le soleil de plomb, rien ne l’arrêtera. Il faut que Steph ait son message. Une belle démonstration de l’absurdité de la guerre.

Andrée Chédid, Le message, Flammarion, 2000, 9782080680464

La route, de Cormac Mac Carthy

L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres. On ne sait rien des causes de ce cataclysme. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanité retournée à la barbarie.

« Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d’avant. » Dans cette atmosphère sépulcrale, alors que l’humanité semble proche de l’extinction, un homme et son jeune fils marchent. A travers des campagnes enfouies sous les cendres, approchant des villes dévastées. Le père et le fils marchent, ensemble, et nous font espérer que l’intensité de l’amour peut faire reculer les ténèbres. Roman d’épouvante et poème initiatique, dépouillé à l’extrême, ce récit laisse une empreinte indélébile.

Cormac Mac Carthy, La route, L’Olivier, 2008, 9782879295916

Bonjour tristesse, de Françoise Sagan

Françoise Sagan - Bonjour tristesse.Cécile, 17 ans, vit avec son père une vie insouciante et oisive, où elle jouit d’une grande liberté. Mais l’amour vient la trouver, et surtout apparaît une femme fascinante, Anne, qui troublera les événements de façon décisive.

Une histoire légère mais prenante, une écriture fluide et juste : ce roman (un classique !) est à la fois accessible et fascinant.

Françoise Sagan, Bonjour tristesse, Pocket, 2009, 9782266195584

La petite Chartreuse, de Pierre Péju

Un jour en voiture, Vollard renverse Eva. La fillette est dans le coma. De ces événements dramatiques une rencontre jaillit. Une rencontre ténue, légère comme une plume, qui bouleverse leurs vies.

« Pour Vollard, Éva devenait la petite Chartreuse. Silencieuse sans en avoir fait le voeu. La très pâle moniale. L’enfant cloîtrée. L’enfant privée de voix et de joie, privée d’enfance. Mais au fil de ces errances dans la Chartreuse, bizarrement, ce n’était pas le poids écrasant et absurde de l’accident que Vollard ressentait en compagnie de la petite fille, mais un inexplicable allègement, un soulagement, un apaisement dû à ce rituel de marche lente, de silence, de contemplation de choses infimes.
Comment un si petit être, émettant si peu de signes, pouvait-il lui donner cette impression de discret équilibre, de nécessité fragile mais heureuse ? Le sentiment confus que tout pouvait se résumer à ce va-et-vient entre la librairie et l’hôpital s’intensifiait encore en passant, Éva à ses côtés, du centre spécialisé à la nature sauvage. »

Une histoire d’exclusion, de solitude, de mal de vivre… Evidemment, le destin d’Eva est funeste, et il s’en dégage une tristesse épaisse, collante. Mais aussi, de ce trio d’esseulés (Eva, sa mère, Vollard), un rayon de lumière, une tendresse infinie. A lire néanmoins quand on a plutôt le moral !

Ce roman reçoit le prix du livre Inter en 2003.

Pierre Péju, La Petite Chartreuse, Gallimard, 2002, 9782072452390