Adam et Thomas, d’Aharon Appenfeld et Philippe Dumas

Adam et Thomas par AppelfeldLa maman d’Adam le conduit dans la forêt en lui promettant de revenir le chercher le soir. Pendant la journée, le jeune garçon rencontre Thomas, lui aussi caché là par sa mère, tandis que les rafles de Juifs se succèdent dans le ghetto. Lorsque vient la nuit, leurs mères ne sont pas revenues. Les deux enfants s’organisent pour survivre à la faim, à la pluie, à la neige et au vent.

La forêt, lieu symbolique, où se dissolvent les repères, est l’endroit où se cachent ces deux garçons que tout oppose, Adam et Thomas. Ils se révèlent à eux-mêmes et à l’autre. Adam, croyant, pragmatique, habile, se débrouille pour organiser la survie. Thomas, angoissé, sceptique, rêveur, s’interroge sans cesse. Les deux garçons Lire la suite

Publicités

Charlotte, de David Foenkinos

Couverture CharlotteCe roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant: « C’est toute ma vie. » Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

Le roman décrit la vie d’une artiste incroyable et Lire la suite

Le chant de l’innocent, d’Irène Cohen-Janca

Dans les années 1950, Rémi vit avec ses parents dans un immeuble bourgeois. Il supporte Le chant de l'innocent par Cohen-Jancamal leur univers étriqué et mesquin. Il se lie d’amitié avec Pierre, qui vient d’arriver de Marseille, chez qui règne un désordre bohème et dont les parents sont plus permissifs. Il ne voit pas la tristesse de la mère de Pierre, ni les absences prolongées du père. Mais un jour, une voisine lui ouvre les yeux…

Irène Cohen-Janca met le doigt sur un point noir de l’histoire contemporaine : un certain nombre de Français ont dénoncé des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. La génération suivante, celle de Rémi, a dû faire face à ce fait : le cerner, le comprendre, l’intégrer, le digérer. Ce court roman rend compte de ce processus et des obstacles rencontrés par Rémi. Sa détermination à connaître la vérité le mène à se détacher de ses parents, à devenir plus adulte.

Irène Cohen-Janca, Le chant de l’innocent, Rouergue, DoAdo, 2008, 9782841569212

Max, de Sarah Cohen-Scali

Max par Cohen-Scali19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Führer. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l’enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans Loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d’aimer. Heil Hitler ! » Max est le prototype parfait du programme « Lebensborn » initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l’Allemagne puis l’Europe occupée par le Reich.

Une fable historique qui raconte le parcours de Max / Konrad. J’ai eu des difficultés à accrocher au début du récit, écrit à la première personne, qui débite sur un ton brut, dur et froid, les pensées de Max encore foetus, puis nourrisson et jeune enfant. L’intérêt de cette première partie est cependant de montrer la rhétorique impitoyable qui dévalorise les sentiments humains et notamment l’attachement entre mère et enfant. La suite du roman donne de l’épaisseur au héros qui peu à peu s’humanise… Un roman basée sur des faits historiques et qui ne peut laisser indifférent.

Sarah Cohen-Scali, Max, Gallimard, 2012, 9782070643899

Sobibor, de Jean Molla

Sobibor par MollaDix-sept ans, un bel âge ? Pour Emma, c’est tout le contraire: en quelques mois, elle perd sa grand-mère, quitte son amoureux, vole au supermarché. Elle maigrit beaucoup. Volontairement. Pourquoi ? Elle-même ne le sait pas vraiment. Tout bascule le jour où elle découvre un vieux journal intime dont la lecture l’entraîne dans une douloureuse enquête sur le rôle de ses grands-parents pendant la Seconde Guerre mondiale…

Un beau roman sur le poison des secrets de famille. De l’indicible à l’impensable, le secret envenime les relations et se transmet à travers les générations. Et le corps d’Emma, empêtré dans les mots non-dits de ce secret, se met à ressembler à ceux qui hantaient les camps de concentration. Merci à Jean Molla d’avoir mis des mots si vrais, si frappants, sur l’anorexie.

Jean Molla, Sobibor, Gallimard, 2003, 2070546128

Deuxième génération, de Michel Kichka

Deuxième génération par KichkaRécit d’une enfance : à 20 ans, le père du narrateur est revenu des camps de concentration. Il a eu des enfants. Et un vécu se pesant que ses enfants n’ont eu de cesse de vouloir d’en émanciper. Comment vit-on son enfance, sa jeunesse, à l’ombre de la Shoah ?

C’est une histoire intime, poignante, l’histoire d’une émancipation ; car comment se libérer du poids de la Shoah quand son ombre a terni votre enfance ? A la fois récit et documentaire historique, ce roman graphique est juste et touchant.

Michel Kichka, Deuxième génération, Dargaud, 2012, 9782205068504

Maus, un survivant raconte, d’Art Spiegelmann

Art Spiegelman - Maus - Un survivant raconte.Maus raconte la vie de Vladek Spiegelman, rescapé juif des camps nazis, et de son fils, auteur de bandes dessinées, qui cherche un terrain de réconciliation avec son père, sa terrifiante histoire et l’Histoire.

Le lecteur est plongé au plus près du vécu quotidien des populations subissant humiliations, pogroms, déportations, puis libération des camps. Ce vécu, c’est celui du père du narrateur. Mais lui-même n’a rien subit de tout cela : il est né après la Seconde guerre mondiale. Il se sent étranger à cette tragédie, coupable d’être privilégié. Son père d’ailleurs le culpabilise sans cesse, rappelant en toutes occasions son statut de victime, et portant aux nues Richeu, le frère aîné mort en camp de concentration. Avec ses récits enchâssés, ce magnifique roman graphique met en scène l’auteur-narrateur s’interrogeant face à son propre rôle, à son oeuvre, à sa place dans cette histoire et dans l’Histoire. Le fait que les personnages soient incarnés par des animaux n’enlève rien ; c’est un subterfuge bien connu des auteurs pour les enfants, qui permet de distancier le sujet mais aussi d’impliquer davantage le lecteur. C’est un chef-d’oeuvre remarquable, une lecture à ne pas manquer.

Prix Pulitzer en 1992.

Art Spiegelmann, Maus, un survivant raconte, Flammarion, 1998, 2080675346

Un traître, de Dominique Jamet

Un traître. de Dominique JametJean Deleau, jeune étudiant, est doué pour les langues, particulièrement l’allemand. Quand en 1940, sa ville devient le siège de l’administration allemande, le maire le sollicite pour traduire les échanges entre la municipalité et la Kommandantur. Et voilà comment un citoyen français bascule du côté de la collaboration…

Jean Deleau est un jeune homme bien élevé, quelconque, insipide. Et voilà que, par désoeuvrement, pour faire plaisir à sa mère, parce qu’il connaît l’allemand, il s’engage, par glissements progressifs, dans la collaboration avec le nazisme. Ce livre est très documenté, très précis, et pourtant, il se lit comment un roman. Et le lecteur assiste, effaré, à la transformation du gentil jeune homme en bourreau cruel et calculateur… Franchement glaçant.

Dominique Jamet, Un traître, Flammarion, 2008, 9782080687050

Ils partiront dans l’ivesse, de Lucie Aubrac

. de Lucie Aubrac

Mai 1943 – février 1944 : neuf mois de la vie d’une résistante exemplaire, enceinte d’un second enfant, qui aide quatorze personnes à s’évader, passe les douanes en contrebande, ravitaille les clandestins en faux papiers et les collabos en confiture au cyanure. Voici le journal d’un combat pour la liberté, qui est aussi une affaire de vie ou de mort. 

Ce témoignage historique est absolument rocambolesque, poignant, et véhicule des valeurs de fraternité, d’entraide, dans une atmosphère d’exaltation, de dangers multiples et de combat, que l’on peine à s’imaginer aujourd’hui…

Lucie Aubrac, Ils partiront dans l’ivresse, Seuil, 1997, 9782020316545