Le carnet rouge, d’Annelise Heurtier

Le carnet rouge par HeurtierMarie a 16 ans et ne connaît pas beaucoup de choses sur ses origines. Du sang népalais et une mère célibataire, voila ce qu’elle sait. Le jour où un homme qui prétend être son grand-père lui remet un carnet rouge contenant l’histoire de la vie de sa grand-mère, la vie de Marie est complètement bousculée…

Il n’est pas rare que la lecture d’un roman d’Annelise Heurtier génère un coup de coeur… Après « Sweet sixteen » et « Refuges » celui-ci ne fait pas exception. Le lecteur suit deux fils narratifs : Marie, 16 ans, adolescente contemporaine, ne comprend pas les réticences de sa mère à parler de ses origines népalaises… et Sajani, grand-mère de Marie, récemment décédée, qui évoque sa vie de petite fille népalaise dans un petit carnet rouge. Comme le suggère le titre, ce carnet est au centre du roman : c’est le chaînon manquant entre la grand-mère et la petite-fille, c’est aussi l’élément qui va briser le silence de la mère de Marie. Le lecteur, qui découvre en même temps que Marie le contenu du carnet, apprend à connaître un Népal bien différent d’une image de carte postale. La jeune fille passe par de nombreux sentiments, mais, déterminée à faire sienne cette histoire familiale, elle va résolument de l’avant. Un roman sur la recherche des origines, tout en finesse.

Annelise Heurtier, Le carnet rouge, Casterman, 2017, 9782203146621

Publicités

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.

Rien ne s'oppose à la nuit par ViganAprès la mort de sa mère, Delphine de Vigan raconte ce qu’elle fut et tente de la cerner. Avec dignité, justesse, tendresse même, elle décrit l’enfance de sa mère, dans une famille « joyeuse et dévastée », puis sa vie d’adulte, qui débute par un lent glissement vers la folie. Elle interroge les blessures à vif de sa mère, recherche ses moments de bonheur, affronte les longues périodes d’errance. Pour cela, elle recueille auprès de sa famille, des amis de sa mère, témoignages, coupures de presse, carnets, photos, lettres. Elle est animée par la volonté de ne pas trahir les faits, et cela se ressent dans son écriture, précise et travaillée, limpide et juste. C’est un roman bouleversant, qui explore, sans pathos, sans voyeurisme, le coeur de la mémoire familiale. Reste malgré tout la question : qu’est-ce qui échappe à l’écriture ? Comment décrire cette part d’ombre insaisissable, incommunicable, qui appartient à chacun ?

Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit, Livre de poche, 2013, 978-2-253-16426-5

Et je danse, aussi, d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Un mail comme une bouteille à la mer. D’ordinaire, l’écrivain Pierre-Marie Sotto ne répond jamais et je danse aussi. courriers d’admirateurs. Mais cette Adeline P. n’est pas une « lectrice comme les autres « . Quelque chose dans ses phrases, peut-être, et puis il y a cette épaisse et mystérieuse enveloppe qu’elle lui a parvenir – et qu’il n’ose pas ouvrir. Entre le prix Goncourt et la jeune inconnue, une correspondance s’établit qui en dévoile  autant qu’elle maquille, de leurs deux solitudes, de leur secret commun…

Une correspondance écrite par deux auteurs, chacun assumant un des personnages : voilà l’idée de départ, assez séduisante. Peu à peu le lien qui paraissait improbable se tisse, et de petits riens en petits riens le lecteur découvre les personnages en même temps qu’eux se découvrent l’un l’autre. C’est agréable, il y a une grande liberté de ton, et alors que les anecdotes s’enchaînent et que le lecteur se demande où tout cela va, l’intrigue se dévoile, et le mystère se noue… Déboires, folies, déceptions, secrets : tout cela prend une forme inattendue, portée par l’humour et l’émotion. Réjouissant.

Anne-Laure Bondoux, Jean-Claude Mourlevat, Et je danse, aussi, Pocket, 2016, 978-2-266-26597-3

Itawapa, de Xavier-Laurent Petit

Afficher l'image d'origineAmérique du sud, de nos jours. La mère de Talia est une anthropologue engagée, qui n’a de cesse de protéger des morceaux de forêt vierge et leurs habitants contre les multinationales avides de profit. Cette fois, Talia s’inquiète : cela fait plus d’un mois qu’elle n’a pas de nouvelles du minuscule campement à partir duquel sa mère est partie à la recherche de celui qu’elle estime être le dernier survivant de sa tribu. La jeune fille parvient à convaincre un policier et son grand-père de faire le voyage jusqu’à Itawapa pour découvrir ce qui s’y passe.

Dans la forêt amazonienne, la place de l’homme est toute petite. Ainsi quand Talia et ses compagnons de voyage découvre le campement de sa mère envahit par la végétation… Tout devient plus intense. La nature est une force, une vigueur envahissante, qui montre à quelle point l’humanité est à la fois fragile et importante. Il y a plus de solidarité au fond de ce désert vert, comme celle de ce pilote qui revient juste au cas où, et la solitude est plus immense ici que partout ailleurs.

Xavier-Laurent Petit a ce talent de rendre avec justesse la splendeur et la cruauté de ce milieu, mais aussi les ressentis et les émotions de Talia, qui avance, comme dans une jungle, vers ses origines.

Xavier-Laurent Petit, Itawapa, Ecole des loisirs, 2013, 9782211211232

Le passage du diable, d’Anne Fine

Le Passage du DiableDepuis son plus jeune âge, Daniel Cunningham a vécu enfermé, avec pour seule compagnie les livres et sa mère – qui l’a gardé reclus, à l’écart du monde extérieur, et qui n’a cessé de lui répéter qu’il était malade. Un jour, des coups frappés à la porte vont tout changer.
Des voisins ont découvert son existence, et résolu de libérer Daniel de l’emprise de sa mère. Pris en charge par le docteur Marlow et sa famille, il va découvrir peu à peu que tout ce qu’il tenait pour vrai jusque-là n’était qu’un tissu d’histoires racontées pour le protéger. Mais le protéger de quoi ?
De sa vie d’avant Daniel n’a gardé qu’une maison de poupée. Et pas n’importe quelle maison de poupée : c’est la réplique exacte de la maison natale de sa mère, une maison qui recèle de nombreux et sombres secrets. Jusqu’à quels vertiges ces secrets conduiront-ils Daniel ?

Voilà un roman sans temps mort, Lire la suite

Le chant de l’innocent, d’Irène Cohen-Janca

Dans les années 1950, Rémi vit avec ses parents dans un immeuble bourgeois. Il supporte Le chant de l'innocent par Cohen-Jancamal leur univers étriqué et mesquin. Il se lie d’amitié avec Pierre, qui vient d’arriver de Marseille, chez qui règne un désordre bohème et dont les parents sont plus permissifs. Il ne voit pas la tristesse de la mère de Pierre, ni les absences prolongées du père. Mais un jour, une voisine lui ouvre les yeux…

Irène Cohen-Janca met le doigt sur un point noir de l’histoire contemporaine : un certain nombre de Français ont dénoncé des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. La génération suivante, celle de Rémi, a dû faire face à ce fait : le cerner, le comprendre, l’intégrer, le digérer. Ce court roman rend compte de ce processus et des obstacles rencontrés par Rémi. Sa détermination à connaître la vérité le mène à se détacher de ses parents, à devenir plus adulte.

Irène Cohen-Janca, Le chant de l’innocent, Rouergue, DoAdo, 2008, 9782841569212

Sobibor, de Jean Molla

Sobibor par MollaDix-sept ans, un bel âge ? Pour Emma, c’est tout le contraire: en quelques mois, elle perd sa grand-mère, quitte son amoureux, vole au supermarché. Elle maigrit beaucoup. Volontairement. Pourquoi ? Elle-même ne le sait pas vraiment. Tout bascule le jour où elle découvre un vieux journal intime dont la lecture l’entraîne dans une douloureuse enquête sur le rôle de ses grands-parents pendant la Seconde Guerre mondiale…

Un beau roman sur le poison des secrets de famille. De l’indicible à l’impensable, le secret envenime les relations et se transmet à travers les générations. Et le corps d’Emma, empêtré dans les mots non-dits de ce secret, se met à ressembler à ceux qui hantaient les camps de concentration. Merci à Jean Molla d’avoir mis des mots si vrais, si frappants, sur l’anorexie.

Jean Molla, Sobibor, Gallimard, 2003, 2070546128

Les séparées, de Kéthévane Davrichewy

Le 10 mai 1981, Alice et Cécile ont seize ans. Trente ans plus tard, celles qui depuis l’enfance ne se quittaient pas se sont perdues. Alice, installée dans un café, laisse vagabonder son esprit, tentant inlassablement au fil des souvenirs, de comprendre cette rupture amicale, que réactivent d’autres chagrins. Plongée dans un demi-coma, Cécile, elle, écrit dans sa tête des lettres imaginaires à Alice.Les séparées

Des portraits très subtils, deux vies entrecroisées, et puis le poison du doute, des secrets, de la jalousie… Une telle amitié peut-elle être brisée ? L’écriture est juste, les voix d’Alice et de Cécile se répondent, se heurtent. L’histoire de cette amitié est émouvante jusqu’à la dernière ligne.

Kéthévane Davrichewy, Les séparées, Sabine Wespieser, 2012, 9782848051062

La maison assassinée, de Pierre Magnan

La maison assassinée. de Pierre MagnanQuelque part dans les Basses-Alpes, un soir d’orage du 28 septembre 1896, veille de la Saint-Michel. Trois hommes masqués attendent près d’une auberge appelée La Burlière. A l’aube, on découvre un drame épouvantable. Cinq personnes d’une même famille, les Monge ont été massacrées à l’arme blanche. Seul un bébé de trois semaines a échappé à la mort : Séraphin. Vingt-quatre ans plus tard, Séraphin Monge revient dans le village ; il veut retrouver les trois assassins…

Sombre, ténébreux, torturé, Séraphin Monge est un héros perdu. Troublé, il sème le trouble, et rien ne pourra l’apaiser que l’accomplissement de sa vengeance. L’intrigue policière confine à la tragédie dans ce roman noir. L’ambiance du petit village de Provence, au lendemain de la Première guerre mondiale, est très réaliste ; il s’en dégage quelque chose de lugubre et de pesant. Le récit est concis, lourd, tendu, la tension tient le lecteur jusqu’à la dernière page.

Pierre Magnan, La maison assassinée, Denoël, 1988, 9782207229767

Le cahier rouge, de Claire Mazard

Claire Mazard - Le cahier rouge.Ugo découvre le journal intime de son frère, David, décédé deux ans plus tôt dans un accident de voiture. A la lecture de ce cahier rouge, il découvre un frère qu’il ne connaissait pas, un inconnu.

« Le Cahier rouge » est un livre émouvant. Très bref, il repose sur une succession de petites scènes, souvent anodines, s’il n’y avait le poids du deuil et cette montée de colère qui croît jusqu’à la révélation finale.

Claire Mazard, Le cahier rouge, Syros, collection Les uns et les autres, 2000, 9782841468492