Sweet Sixteen, d’Anne-Lise Heurtier

Sweet sixteen par HeurtierPar l’auteur de Refuges, une plongée dans l’Amérique de la ségrégation raciale.

En 1957, dans l’Arkansas, Molly, une jeune fille noire, choisit d’intégrer un lycée réservé aux Blancs, comme l’y autorise désormais la loi. On est en pleine lutte pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis. Rosa Parks a déjà fait parler d’elle et Martin Luther King prononcera bientôt son fameux discours.

Mais Molly, elle, est aussitôt confrontée à une levée de boucliers : les élèves et leurs parents organisent des manifestations au moment de la rentrée, et certains cherchent à l’empêcher d’entrer physiquement dans le lycée… Les Noirs de son quartier lui reprochent d’attiser la haine à leur égard. Soutenue par sa famille, elle est cependant très isolée. Au lycée personne ne lui parle, elle subit chaque jour brimades et humiliations, et bien sûr la direction ne la soutient pas du tout. Les jeunes ne sont pas davantage civilisés que leurs parents…

L’intelligence de ce roman est d’alterner le point de vue de Molly avec celui de Grace, une lycéenne blanche. Au départ, Grace se montre hostile à l’arrivée de lycéens noirs dans son établissement ; sans y penser, elle adopte les mêmes idées que ses parents. Mais l’arrivée de Molly la fait réfléchir… L’incompréhension mutuelle passe par la séparation, physique et sociale. Quand les barrières tombent, que Grace est confrontée à l’inconnu, celui-ci devient connu… et ne s’avère pas si dangereux que ça. En côtoyant Molly, Grace réfléchit à la position des Noirs dans la société ; elle se rend compte que les seuls Noirs qu’elle a connus jusqu’alors étaient les domestiques… et c’est ainsi que les mentalités évoluent.

Le titre « Sweet sixteen » fait référence aux cérémonies d’anniversaire organisées à l’occasion des 16 ans d’un adolescent… Concernant Molly et l’apreté de cette période pour elle, on mesure l’ironie. Ce roman court et rythmé n’est pas édulcoré, il montre la réalité de la vie des Noirs dans l’Amérique ségrégationniste… On peut ensuite lire La couleur des sentiments, de Kathryn Stockett, pour mieux connaître cette époque.

Anne-Lise Heurtier, Sweet Sixteen, Casterman, 2013, 978-2-203-06854-4

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Une longue journée de novembre, d’Ernest J. Gaines

https://i1.wp.com/www.babelio.com/couv/cvt_Une-longue-journee-de-novembre_8540.jpegLauréat du National Book Award, Ernest J. Gaines revisite le temps de deux nouvelles le territoire de son enfance, la Louisiane. Prêtant voix au jeune Ti-Bonhomme, un gamin à peine haut de six printemps, il raconte les zizanies et les disputes familiales avec une candeur désarmante et  » en comprimé « . Et si parfois  » le ciel est gris « , le jeune narrateur de la seconde nouvelle nous rappelle qu’il n’y a pas que la misère, les voitures en panne, le grêle et les rages de dents dans le pays du Bayou et de la canne à sucre, mais aussi les éclats de rire de l’enfance.

Deux très beau textes, racontés à hauteur d’enfant. La narration est fluide, déroutante parfois comme peut l’être la pensée d’un enfant. On s’immerge totalement dans la vie quotidienne des coupeurs de canne à sucre de Louisiane. Des dialogues savoureux et de beaux portraits.

Ernest J. Gaines, Une longue journée de novembre, 10/18, 1996, 9782264023131

La couleur des sentiments, de Kathryn Stockett

La couleur des sentiments par StockettJackson, Mississippi, 1962. Dans quelques mois, Martin Luther King marchera sur Washington pour défendre les droits civiques. Mais dans le Sud, toutes les familles blanches ont encore une bonne noire, qui a le droit de s’occuper des enfants mais pas celui d’utiliser les toilettes de la maison. Quand deux domestiques, aidées par une journaliste, décident de raconter leur vie au service des Blancs dans un livre, elles ne se doutent pas que la petite histoire s’apprête à rejoindre la grande, et que leur vie ne sera plus jamais la même.

Dans ce roman à trois voix, la Ségrégation raciale est vécue du côté des Noirs et du côté des Blancs. Les deux points de vie sont montrés de façon intelligente, sans manichéisme, sans fausse note. Le personnage d’Aibileen est particulièrement touchant : elle élève avec amour la fille d’une patronne blanche qui la méprise. Son plus grand espoir est que la petite Mae Mobley, une fois grande, n’ait pas dans le regard le même mépris que sa mère vis-à-vis d’elle. Les femmes, blanches et noires, sont en première ligne dans ce roman ; et il est bon qu’un auteur rappelle que ce sont les femmes aussi, par leurs comportements, leurs engagements, qui font l’Histoire.

Kathryn Stockett, La couleur des sentiments, Actes Sud, 2012, 9782330013073